du bon tirage d'une Pipe


Par Aldo Pelissone de l'Académie Internationale de la Pipe
Pipe Magazine - Janvier 1990

 

Après sa parution sur le site, cet article a déclenché, sur le Groupe, quelques réactions, notamment d'Erwin van Hove et d'Alain Letulier. Elles ont mis à jour les incohérences inhérentes aux erreurs de traduction et de copie. Vous trouverez ces quelques lignes, éclairantes à plus d'un titre, à la suite de l'article.

 

Une des conditions la plus importante, pour assurer le meilleur fonctionnement d'une pipe, est le bon perçage de la tige et du tuyau.
Souvent, lors de l'achat d'une pipe, après en avoir choisi la forme, on en contrôle extérieurement les veines de la bruyère, le bon équilibre de l'ensemble, la légèreté, mais on néglige d'examiner soigneusement son fonctionnement : le tirage parfait.
Or, le tirage parfait est la seule condition pouvant assurer une bouffée régulière, limitant au maximum la formation de jus de condensation.
Comment assurer un tirage parfait ? En respectant 3 règles de base.
La première, essentielle, est que la fumée parte absolument de la base du fourneau de la pipe dans des conditions d'axialité absolue.
Les dessins que nous présentons permettront de mieux comprendre ce problème.
Comme on peut le voir, le dessin N° 1 montre une pipe réalisée parfaitement, où apparaît la continuité absolue, sans variation de section du canal de fumée et sa parfaite coaxialité avec le fourneau.
 


Dans les dessins N° 2 et 3, le canal de fumée est désaxé dans la tige par rapport au fourneau. Cela apparaît également dans le perçage du tuyau en raison de l'imparfait forage de la tige, empêchant la continuité du parcours de la fumée, l'obligeant à des déviations créant des perturbations, avec pour conséquence la formation d'un désagréable condensât.
Ce dernier se forme aussi lorsque le floc est trop profond, (dessin N° 4). Dans ce cas, l'interruption de continuité du parcours de la fumée est très marquée du fait de la brusque variation de la section du canal, créant une chambre d'expansion dans laquelle la fumée se répand en se refroidissant brusquement, provoquant ainsi un condensât.
Ce dernier apparaît aussi lorsque la fumée doit se comprimer pour emprunter le canal plus réduit du tuyau (dessin N° 5). Au moment de l'achat d'une pipe, pour vérifier si cette chambre d'expansion existe, on enlève le tuyau de la pipe, et on mesure la longueur du floc, que l'on compare à la profondeur de la tige.
Dans beaucoup de cas, l'intérieur de la tige est toujours plus profond que la longueur du floc, ce qui réduit l'influence négative de la chambre d'expansion et permet un aménagement du floc du tuyau pouvant régulariser le parcours de la fumée. (dessin N° 6).
Autre remarque, très importante, sur le perçage de la tige.
La section du forage, à partir du fourneau, ne doit pas excéder 2,5 mm afin d'éviter qu'à l'aspiration de la fumée, ne se joignent des brindilles de tabac, au début de la pipée, ou des cendres, à la fin de la pipée (1).
Enfin la section du perçage de la tige ne doit pas être différente de celle du tuyau, et surtout ce perçage doit être effectué avec une extrême précision à la base du fourneau.
Un perçage effectué trop haut (dessin N° 7) se constate par un dépôt de tabac non consumé au fond du foyer.
S'il n'est pas nettoyé rapidement il donnera à la pipe un goût désagréable.

(1) NDLR : Aujourd'hui, 2005, une tendance voit le jour pour préférer des perçages à 4 mm. L'expérience montre qu'il n'y a aucune influence sur l'absorption de tabac ou de cendres. En revanche, le tirage est amélioré et l'encrassement de la tige est ralenti.
 

Réactions

"Ce dernier se forme aussi lorsque le floc est trop profond, (dessin N° 4). Dans ce cas, l'interruption de continuité du parcours de la fumée est très marquée du fait de la brusque variation de la section du canal, créant une chambre d'expansion dans laquelle la fumée se répand en se refroidissant brusquement, provoquant ainsi un condensât."

Erwin : Apparemment ce monsieur ne sait pas très bien ce qu'est un floc, puisqu'il confond avec la mortaise.

"Ce dernier apparaît aussi lorsque la fumée doit se comprimer pour emprunter le canal plus réduit du tuyau (dessin N° 5). Au moment de l'achat d'une pipe, pour vérifier si cette chambre d'expansion existe, on enlève le tuyau de la pipe, et on mesure la longueur du floc, que l'on compare à la profondeur de la tige."

E : Euh, en regardant son dessin, je ne vois pas de quoi il parle. Et puis je ne comprends pas le rapport entre les deux phrases successives.

"Dans beaucoup de cas, l'intérieur de la tige est toujours plus profond que la longueur du floc, ce qui réduit l'influence négative de la chambre d'expansion et permet un aménagement du floc du tuyau pouvant régulariser le parcours de la fumée. (dessin N° 6)."

E : Hein ? Et moi qui croyais qu'il fallait parfaitement adapter les dimensions du floc à celle de la mortaise!

"Autre remarque, très importante, sur le perçage de la tige. La section du forage, à partir du fourneau, ne doit pas excéder 2,5 mm afin d'éviter qu'à l'aspiration de la fumée, ne se joignent des brindilles de tabac, au début de la pipée, ou des cendres, à la fin de la pipée"

E : 2,5mm !!!!! AAAAAARRRRGGGGGHHHH !!!!

"Enfin la section du perçage de la tige ne doit pas être différente de celle du tuyau"

E : A part le perçage très particulier de Random que ce monsieur n'a jamais vu, je voudrais qu'il me montre une seule pipe où le diamètre du perçage de la tige serait identique au diamètre dans le floc, dans le tuyau et dans le bec. Une seule. Chiche.


Guillaume : Pour le diamêtre de 2,5mm, il faut rappeler que cet article date de 1990. C'est pourquoi Alain a ajouté sa note en bas :"1) NDLR : Aujourd'hui, 2005,  une tendance voit le jour pour préférer des perçages à 4 mm. L'expérience  montre qu'il n'y a aucune influence sur l'absorption de tabac ou de cendres. En revanche, le tirage est amélioré et l'encrassement de la tige est ralenti."

E : Il ne faut surtout pas penser que des perçages de 4mm datent de hier. Les toutes vieilles Dunhill ou Barling par exemple avaient déjà un perçage large. Il y a trente ans, Sixten Ivarsson perçait déjà à 4mm. Depuis des années Jess Chonowitsch emploie du 4,3mm. Récemment, surtout en Amérique, on est même passé à des diamètres de 4,7mm.

Mais sérieusement, je voudrais voir quelle marque ou quel pipier auraient percé à du 2,5 !

G : Mais j'avais cru comprendre que si ces 4mm sont passés dans la norme, pour une grande majorité de pipiers, c'était tout de même assez récent ?

E : A vrai dire, plein de pipes vraiment anciennes avait déjà un perçage large pour la simple raison qu'à cette époque, la plupart des pipes étaient équipées d'un régulateur de fumage (que j'aime employer ce mot !) ou d'un autre système en métal. Il fallait donc percer plus large pour pouvoir introduire ces bidules. En plus certaines marques prestigieuses d'antan comme Barling perçaient déjà plus large que leurs concurrents. C'est d'ailleurs pour ça que les "pre trans Barling" fument si bien et valent plus sur le marché de l'estate que les Dunhill. En plus, dès le début Castello s'est distingué par ses perçages larges. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard que c'est Castello qui est considérée comme la meilleure pipe italienne.

Donc, non, le perçage 4mm, ce n'est absolument pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est qu'on passe de plus en plus au-delà.

Alain : Cet article ancien m'a paru intéressant pour être publié, même s'il engendre des étonnements. Par respect pour l'auteur, je n'ai pas voulu retoucher son texte au risque de déclencher des réactions.

C'est exact qu'il comporte des erreurs dont les causes principales sont à rechercher dans le fait que c'est une traduction, qui a du être recopiée et dactylographié par plusieurs personnes. La confusion entre le floc et la mortaise que tu signales en est un exemple.

Des erreurs de ce type sont malheureusement fréquentes et la littérature pipière véhicule pas mal d'incohérences développées par certains et reprises religieusement par d'autres auteurs.

Pour le dessin n°5, le perçage de la tige est nettement supérieur à celui du tuyau, si bien que la fumée vient buter sur le floc, d'où condensation. C'est cela qu'il fallait comprendre.

La phrase accompagnant le dessin n°6 me laisse perplexe comme toi. Mauvaise traduction certainement, puisque le dessin nous montre un floc excavé en V comme on le voit sur les pipes hauts de gamme, ce qui ne correspond seulement à la fin du paragraphe.

Dans ton post suivant, tu écris :
A vrai dire, plein de pipes vraiment anciennes avait déjà un perçage large pour la simple raison qu'à cette époque, la plupart des pipes étaient équipées d'un régulateur de fumage (que j'aime employer ce mot !) ou d'un autre système en métal. Il fallait donc percer plus large pour pouvoir introduire ces bidules.
C'est exact, mais le perçage n'allait pas jusqu'à la base du foyer. C'était simplement pour placer le système (ou zigouigoui)

Mais de toute façon, il m'a semblé que cet article, malgré ses imperfections, venait conforter ce que tu as souvent développé ici, c'est à dire que le conduit de fumée doit être le plus régulier possible, sans aspérité ni changement brusque de diamètre. Et pour cela, il était intéressant.