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L’ouverture de la boite fut la première surprise. Vous avez tous
déjà déballé un cake anglais, n’est-ce pas ? Cake anglais, telle fut
ma première impression. Arômes agréables de fruits secs, de pâte
d’amande, de caramel et de chocolat noir, avec une discrète note
fumée. Le jeu combiné des Virginia doux et du Perique avec des
orientaux veloutés doivent être responsables de ce tableau
aromatique carrément pâtissier. Agréable, certes, mais ce n’était
pas exactement ce à quoi je m’attendais en ouvrant une boite portant
la mention « Balkan Passion ».
Lors des premiers fumages j’étais déconcerté par un début très
discret, une attaque douce et légèrement fumée, mais rien de
convaincant ne semblait devoir se produire. Il m’a fallu du temps,
en variant les pipes, pour réussir à décoder ce mélange, à en
percevoir le réel intérêt.
Mais en fin de compte le bougre a fini par se livrer. Et le jeu en
vaut la chandelle. Le Balkan Passion est un mélange très évolutif,
surprenant, qui change de personnalité selon la pipe et la
disposition du moment. Si j’ai toujours autant de mal à classer ce
blend dans les « Balkans », je le considère comme un assemblage
parfaitement réussi, nourrissant et extraordinairement évolutif. Que
l’on trouve la pipe qui lui convient et c’est un feu d’artifice,
discret au départ, Hans en bon artificier y a mis les ingrédients
qui préparent un spectacle captivant, avec un bouquet final digne du
grand air de la diva.
En fin de compte, le Balkan Passion est un tabac qui demande au
fumeur un réel effort de compréhension et de recherche avant de se
laisser feuilleter comme un bel album. Autrement dit, exactement ce
que le tabac peut offrir de mieux au fumeur de pipe qui prend le
temps d’écouter l’histoire racontée par des arômes et des saveurs
qui se combinent et se recombinent au fil du fumage pour sans cesse
recomposer un paysage gustatif des plus satisfaisants.
Je pense qu’il est recommandable d’encaver quelques boites de Balkan
Passion et d’en observer l’évolution au fils des années. Il se
pourrait que le temps passant ce blend de Hans Wiedemann nous
réserve d’autres belles surprises.
Je vous livre ci-dessous quelques notes prises au cours de mes
fumages, avec différentes pipes. Une excellente fumeuse comme la
David Enrique Liverpool, fantastique avec certains mélanges, ne m’a
pas permis de réellement prendre du plaisir avec le Balkan Passion.
D’autres pipes ont donné des résultats très changeants, avec parfois
de belles surprises. C’est dans une freehand de Roland Schwarz que
j’ai assisté à un spectacle complet, véritable chorégraphie d’arômes
et de sensations.
Corn cob « General »
Allumage : attaque douce et fumée. Pas
d’arômes identifiables.
1er tiers : toujours doux, avec des arômes de pâte d’amande,
de gâteau, légère touche fumée.
Milieu de bol : RAS
Fin de bol : le caractère « balkanique » du blend se révèle
un peu plus. La douceur est plus discrète, les arômes de pâte
d’amande et de gâteau s’effacent au profit du Latakia et des
orientaux. L’épice du Latakia et des orientaux se manifeste, encens-
résine. Clôture en beauté.
David Enrique - Liverpool
Allumage : douceur discrète, note fumée à
peine perceptible
1er tiers : ensemble très discret, douceur en arrière-plan,
petite touche fumée.
Milieu de bol : pas de changement notable.
Fin de bol : relativement peu d’évolution. L’ensemble se
densifie, douceur plus perceptible, sans toutefois révéler plus de
richesse ou de complexité.
Roland Schwarz - Freehand
Allumage : douceur bien perceptible, note
fumée, arôme d’anis en arrière-plan.
1er tiers : douceur, note fumée très discrète, arômes diffus.
Milieu de bol : la douceur reste, les orientaux deviennent
perceptibles. Latakia un peu plus présent, ses arômes commencent à
se frayer un chemin. Les arômes se densifient progressivement avec
toujours une belle douceur. Réglisse, légère percée de notes plus
épicées, encens.
Fin de bol : L’ensemble se condense, la douceur reste bien
perceptible sur la langue, les arômes se fondent et se partagent
entre les notes sucrées-fumées-fruits secs, réglisse, fenouil
grillé, présence des notes d’encens et de résine, et des nuances
plus animales – cuir.
Finale étonnante, puissante, opulente, sensations très physiques,
comme une liqueur, on mâche littéralement la fumée. Au aucun moment
la fumée ne pique ou n’agresse le palais et la langue.
Thierry Melan Dublin
Allumage : douceur bien perceptible, note
fumée très discrète
1er tiers : ras
Milieu de bol : les arômes profonds des orientaux font
lentement surface mais restent très discrets pour ne se livrer avec
un peu plus de franchise que vers la fin du deuxième tiers du bol,
avec le Latakia qui trouve un peu son chemin vers le devant de la
scène.
Fin de bol : l’ensemble devient plus dense, les arômes de
réglisse, l’encens et la résine arrivent à se faire jour accompagnés
d’une note fumée un peu plus relevée. Une petite touche très sympa
de café torréfié (si si !) de temps à autres, comme un clin d’œil à
Thierry Melan ;-)
David Enrique Lovat
Allumage : douceur, pas de note fumée,
légère note « gâteau - crème – vanille »
1er tiers : douceur bien présente, la note vanillée persiste
durant quelques minutes, puis les orientaux et le Latakia entrent en
scène.
Milieu de bol : évolution indécise avec plus d’intensité.
Douceur est moins perceptible. Alternance d’arômes, un petit bout de
gâteau, une bouffée de Latakia, un petit passage des orientaux. Un
tirage au sort aromatique.
Fin de bol : la douceur revient, cette fois plus physique. La
note fumée et les arômes profonds du Latakia apportent de la
complexité. Les orientaux sont présents, avec discrétion. Notes
caramélisées. L’ensemble devient dense, sombre et puissant. Clôture
en beauté.
Davorin Denovic Morta Freehand
Allumage : douceur bien présente, légère
touche fumée
1er tiers : douceur, légers arômes de gâteaux secs (genre
broyé du Poitou) avec un soupçon de vanille. Picotements et
sensation légèrement astringente sur la langue, mais pas
désagréable.
Milieu de bol : la douceur passe à l’arrière-plan, les notes
fumées du Latakia chypriote deviennent plus nettes, résine et
encens. Les orientaux chuchotent discrètement. L’ensemble se
densifie, devient viril avec un passage durant lequel le Latakia
prend nettement le dessus. La domination chypriote est contestée par
le retour d’une certaine douceur et une présence plus forte des
orientaux à l’approche de la fin du bol.
Fin de bol : le finale dans cette morta de Davorin fut une
sorte de joute amicale entre une douceur fruitée qui tentait de
tenir la dragée haute à un Latakia qui roulait des mécaniques. Entre
douceur et fumée aromatique, des passages un rien âcres et
stimulants rappelant les sensations éprouvées en dégustant un
Talisker ou un Laphroaig, deux whiskys « pour hommes ».
S’il n’y a pas eu le précipité aromatique spectaculaire qui m’avait
tant enchanté dans la Roland Schwarz, je dois dire que c’est la
première fois que je prends un réel plaisir de fumage avec cette
robuste morta. Voilà une pipe qui a peut-être trouve son tabac.
De l’intérêt de laisser reposer une pipe !
En guise de post-scriptum, une simple observation
concernant le temps de repos des pipes. Je ne découvre rien en
écrivant cela, mais il me semble bon de le répéter : le repos fait
du bien à nos compagnes en bruyère ! Dans le cas présent j’ai fumé
le Balkan Passion dans trois pipes qui avaient reposé durant
plusieurs semaines : la Roland Schwarz Freehand, la Lovat de David
Enrique et la morta de Davorin Denovic. Je ne saurai vous dire si
c’est le fruit du hasard ou la conséquence de ce repos prolongé,
toujours est-il que c’est dans ces trois pipes que j’ai éprouvé les
sensations les plus intenses et le fumage le plus évolutif et
satisfaisant.
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