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Au terme de cet aperçu de quarante-trois pipes, le moment est venu
de faire le point. Trente-huit de ces pipes sont à cataloguer dans
la catégorie de celles dont le confort, le tirage et la saveur vont
du satisfaisant à l’excellent. Sans pour autant être des pipes mal
construites, deux exemplaires me déçoivent par leur goût peu
agréable. Restent trois pipes qui ont nécessité une intervention de
ma part ou de la part d’un professionnel afin de les rendre
fumables. Trois sur quarante-trois, ce n’est pas la fin du monde. En
tout cas, on est très loin du chiffre effarant noté en septembre
2008.
Que faut-il conclure de cette étonnante disparité entre mes
observations de 2008 et celles d’aujourd’hui ? Que je suis devenu
plus indulgent ? Je ne le crois pas. Bien au contraire. Que j’ai
choisi avec plus de discernement les artisans à qui j’ai acheté des
pipes ? C’est possible, mais rien n’est moins sûr. Qu’on trouve sur
le marché de la pipe artisanale de moins en moins de pipes qui
pèchent contre les règles fondamentales de la dynamique des fluides
? Donc que la qualité moyenne de l’exécution des passages d’air et
des becs a progressé ? Cela ne m’étonnerait pas. J’en suis même
assez convaincu. Et ça, mes amis, n’est-ce pas une excellente
nouvelle ?
Examinons les trois pipes aux évidents problèmes de tirage. Il y a
la calabash de Senatorov. Il faut savoir qu’il n’est pas donné à
tout le monde de se lancer dans la fabrication de ce genre d’objet.
Pour comprendre le fonctionnement de ce modèle si particulier et
pour éviter les pièges qui lui sont inhérents, il faut une longue
expérience. Dans la fougue de la jeunesse, Sergey a surestimé son
habileté. Ca peut arriver. Cela n’empêche que ses autres pipes
respirent parfaitement bien. Ensuite, il y a la Duca. Voilà un
pipier têtu qui croit dur comme fer que des passages d’air largement
ouverts sont une hérésie. On voit le résultat. Reste la Genod. On
connaît la rapidité avec laquelle les grands fabricants français
percent les passages d’air. Le résultat est donc souvent
approximatif. Bref, une erreur de jeunesse, une conviction périmée
et erronée et du travail bâclé, voilà ce qui a causé les problèmes
rencontrés.
Ce constat nous permet de conclure qu’à condition de percer
suffisamment large, aussi et surtout dans le bec, et de veiller
consciencieusement à ce que le passage d’air soit le plus uniforme
possible, il est pour ainsi dire exclu de produire une pipe dont le
fumage s’avère problématique. Bref, pour faire une pipe performante,
il ne faut ni être ingénieur, ni magicien. Outre l’outillage
nécessaire, il suffit d’un minimum de talent et de motivation, d’une
certaine expérience et d’une bonne dose de bon sens. Et d’avoir
examiné et fumé des pipes bien construites. Et d’être à l’écoute de
la clientèle. En fin de compte, c’est rassurant, non ?
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