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Calabash.
Voilà, le mot est tombé. Parce que toutes ces pipes aux tiges
surdimensionnées évidées s’inspirent de l’anatomie d’une calabash :
pendant que la fumée passe du foyer au tuyau, elle circule dans une
vaste chambre où elle stagne, refroidit et condense, se débarrassant
ainsi d’un excès d’humidité, le résultat étant une fumée fraîche et
sèche. Ce système – il est important de le mentionner – n’a
strictement rien à voir ni avec le fameux Peterson system qui n’est
rien d’autre qu’un petit collecteur dans lequel dégoulinent les
gouttes de jus, ni avec les pipes allemandes dotées d’une chambre
9mm qui a été conçue dans le seul but de servir de réceptacle à
filtre. Le Peterson system avec sa trappe à jus, tout comme les
filtres 9mm et ceux appelés balsa avec leur pouvoir d’absorption
accueillent en effet l’excès d’humidité, mais fondamentalement ce
sont des pis-aller qui compensent une exécution rudimentaire et dès
lors plus ou moins problématique du passage d’air. En principe, pour
réussir à manufacturer une pipe qui comble le fumeur par une fumée
agréablement fraîche et sèche, le pipier dispose de deux options
diamétralement opposées. Jusqu’à tout récemment, tous les artisans
consciencieux et perfectionnistes ont résolument choisi la même voie
: d’une part veiller à ce que sur toute sa longueur, le passage
d’air ait un diamètre suffisamment large pour éviter que le fumeur
ne surchauffe sa pipe en se voyant obligé de tirer comme un forcené,
d’autre part faire en sorte que le passage d’air soit aussi constant
et uniforme que possible, en évitant à la fois toute constriction et
tout vide, deux facteurs qui provoquent des irrégularités dans le
débit de la fumée et qui, ainsi, perturbent la laminarité du flux
d’air, ce qui fait que la fumée stagne, refroidit, condense et forme
des gouttelettes. Comme mentionné plus haut, en créant la légendaire
calabash en gourde montée d’un foyer amovible en écume de mer, les
artisans viennois d’antan ont suivi une logique toute différente :
plutôt que d’éviter le plus possible toute condensation, ils l’ont
carrément stimulée, tout en prévoyant une matière suffisamment
poreuse et une surface suffisamment grande pour capter et absorber
toute cette humidité. Il va sans dire qu’une fumée qui s’est
refroidie dans cette vaste chambre qu’est la gourde et qui y a
déposé son excès d’humidité, arrive fraîche et sèche en bouche.
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