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par Erwin Van Hove |
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23/03/09 |
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Il est grand temps de vous la présenter, cette aristocrate. En fait, une LC n’est rien d’autre qu’une 120 version turbo, une 120 injectée aux stéroïdes. Ceci dit, de grâce, ne concluez pas que cette grande dame qui fait entre 17 et 18 cm de long et qui arbore fièrement un fourneau de 6 à 7 cm de haut, doit être une grosse bobonne à laquelle les proportions parfaites de la 120 font défaut. Au contraire. Avec son col de cygne gracieux, avec sa tige et son fourneau sveltes et avec sa ligne en S toute en fluidité, la LC pourrait bien être la bent billiard la plus élégante jamais créée. Bref, son nom laconique de Large Curved ne fait pas vraiment honneur à cette forme toute en finesse. Pourtant le légendaire Alfred lui-même a porté un intérêt particulier à ce très ancien design de Dunhill. Il semblerait que le modèle s’inspire des pipes à col de cygne telles qu’on en voyait au tournant du 20ième siècle à St.-Claude. On peut même être plus précis : la LC était basée sur des modèles de chez Genod. Bref, la LC est d’origine française. Cocorico ! |
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| Illustration du site de John Loring | une col de cygne Genod |
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Ca fait des années que je bave devant les photos de LC et de 120 surdimensionnées sur le site web de John Loring, le grand spécialiste des pipes Dunhill. Impossible cependant d’en dégoter une. Et même si par hasard j’étais arrivé un jour à en repérer une, sans aucun doute son prix aurait été inabordable. Il fallait donc me rendre à l’évidence : je n’aurais jamais le plaisir de fumer une de ces fabuleuses pipes. Toutefois, ma nature de pitbull tenace ne me prédisposant pas exactement à la résignation, je finis par m’imposer un défi : m’investir dans la défense et l’illustration de la LC et m’efforcer à sauver ce modèle en voie de disparition. Plutôt que de me vautrer dans la nostalgie, je décidai d’aller de l’avant. Une renaissance, voilà ce qu’il fallait. Et rien de moins. Il fallait donc attirer l’attention de pipiers contemporains sur cette forme d’antan, leur donner l’envie de la faire revivre. Pendant des années ce projet m’a hanté mais sans se concrétiser. A qui fallait-il que je m’adresse ? Les pipiers allemands, italiens et américains avec qui j’entretiens des rapports privilégiés, s’expriment tous dans un vocabulaire formel personnel qui n’a pas grand-chose en commun avec la tradition franco-anglaise. Je ne me voyais pas demander à un Cornelius Mänz, à un Marco Biagini ou à un Rad Davis d’abandonner leur style pour me faire une copie d’une forme étrangère à leur univers. Non, ce qu’il me fallait, c’était soit un pipier chevronné, classique, vieille école, soit un jeune qui n’ait pas encore développé de style personnel et qui ne soit pas insensible à l’esthétique d’avant la révolution scandinave. Et idéalement cet artisan expérimenté ou ce jeune à l’esprit ouvert, ce serait un Anglais ou un Français. Mais qui ? Je n’ai jamais été un grand fan des Bill Ashton Taylor, des Barry Jones ou des Les Wood. Quant aux fabricants français, après mes critiques publiques mal digérées, j’avais l’impression que pour eux j’étais persona non grata. Mais voilà que récemment tout a changé. Ce jeune Français qui a du talent et qui s’intéresse autant aux pipiers en vogue qu’aux grands classiques franco-anglais, désormais il existe. J’ai nommé David Enrique. Et ce qui plus est, il s’avère que lui et moi, nous entretenons des rapports des plus amicaux. Et puis, ô surprise, depuis que Pierre Morel, le vétéran le plus doué de St.-Claude, s’est lancé sur l’autoroute digitale, il a pris l’habitude de partager avec moi par voie électronique à la fois ses connaissances encyclopédiques et son humour inimitable. Ca ouvre des perspectives ! Il y a quelques mois j’ai donc envoyé à David
Enrique et à Pierre Morel des photos de Dunhill LC et je leur ai
demandé si ça pouvait les intéresser de m’en faire une réplique.
Remarquez, le défi que je leur ai lancé, ce n’était pas de me livrer
quelque chose dans le genre de la LC. Non, comme mon objectif était
de vraiment faire revivre cette forme disparue, il me fallait une
copie conforme. Tous deux, sans le savoir l’un de l’autre, ont
immédiatement accepté. A la bonne heure ! Voilà le projet mis en
route. Je leur ai indiqué parmi toutes les images de LC dont ils
disposaient, les deux pipes qui à mes yeux captaient le mieux la si
typique ligne de la Dunhill : un modèle de 1926 et un autre de 1934.
Quant à la finition, j’ai demandé à Pierre Morel de me faire une
pipe lisse, la finition traditionnelle des majestueuses pipes
sanclaudiennes à col de cygne d’antan, alors qu’à David Enrique j’ai
commandé une sablée qui rappelle les Dunhill Shell d’époque. Il ne
restait plus qu’à attendre. |
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Fermons cette parenthèse et revenons à nos
oignons. Où en sont mes commandes ? Pierre Morel a étudié le jeu de
lignes, m’a posé encore quelques questions, a fait des croquis,
s’est demandé s’il procéderait à un perçage droit ou plutôt courbe.
Quant à la bruyère, il n’envisage de travailler qu’avec un plateau
qui permettra de tailler une pipe lisse flammée et sans défauts. Pas
une sinécure pour une pipe aussi volumineuse. Il a donc décidé de
chercher lui-même le plateau qu’il faut lors d’une visite imminente
chez Mimmo, le coupeur qui approvisionne la plupart des pipiers haut
de gamme. Bref, il me faudra encore un peu de patience. David
Enrique, par contre, s’est déjà exécuté : la pipe est terminée et
livrée. En fait, je devrais dire : « les pipes ». Et oui. |
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Chronique d’une gestation En guise d’exemple, permettez-moi de vous conter la genèse de ma LC façon Enrique. Première étape, en novembre dernier : envoi de photos et formulation de ma requête. Voici la réponse de David : |
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Aha, la fameuse Dunhill 120 LC ! C'est une très belle forme. Ce qui est attirant dans cette pipe, c'est l'élégance qu'elle dégage par ses proportions. Un foyer haut qui se rétrécit légèrement, une tige longue et fine, un tuyau assez long avec une courbure allongée. Oui, oui, ça me tenterait de m'essayer à cet exercice. En réalité, j'avais déjà hésité à m'essayer à cette forme, il y a plusieurs mois. Mais j'avais vraiment du mal à voir ce qui faisait sa personnalité et son élégance. En tout cas, je ferai de mon mieux pour essayer de capter l'essence de ce modèle. Je te proposerai une pipe et, si elle ne te convainc pas, tu me diras ce qu'il faut améliorer et je recommencerai. C'est le genre de pipe que je ne suis pas sûr de réussir du premier coup. |
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Décidément David
comprend parfaitement ce qui fait l’attrait de ce modèle et, ce qui
plus est, il semble avoir vraiment envie de se jeter à l’eau. Je
n’ai donc plus qu’à spécifier que malgré la ligne en S,
j’apprécierais un perçage droit au lieu d’un perçage courbe à
l’ancienne. David sait me rassurer : |
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Voilà donc le premier essai terminé et présenté. Fin de la première étape. Je contemple et analyse en long et en large les photos. J’éprouve des sentiments mixtes : bien sûr il s’agit d’une très belle billiard courbe, mais à mes yeux elle ne capte pas suffisamment la délicatesse de la LC d’origine. Voici ce que je réponds donc à celui qui impatiemment attend ma réaction : |
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J'ai reçu ton mail
hier soir, mais j'ai voulu prendre mon temps avant de te répondre. |
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David : Etant
donné que tu m'as dit que tu aimes la sensualité de cette pipe, j'ai
décidé d'approfondir le côté arrondi, sans tomber dans
l'exagération. |
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J'ai passé ma soirée d'hier à faire des croquis pour différents
projets avec des clients. J'en ai donc profité pour refaire un
croquis de la 120 LC à partir des modèles que tu m'as montrés. Quand
je superpose ce croquis avec le croquis que j'ai utilisé pour faire
le premier exemplaire, j'ai quelques différences. La tige est un peu
plus longue sur mon deuxième croquis et le diamètre reste plus
constant. Par ailleurs, la pipe est un peu moins ventrue devant.
Sinon, c'est à peu près pareil. Est-ce que cela te convient si je
pars sur ce croquis pour faire un deuxième exemplaire ? |
Après avoir étudié le croquis, j’envoie ma réponse : |
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Merci pour ta
persévérance. |
| David réplique : |
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Il se peut qu'il y ait de sensibles différences mais c'est assez étonnant car j'ai décalqué le croquis en utilisant une impression de la pipe à l'échelle. Regarde, je viens de mettre la pipe en dessous en transparence. Mis à part une toute petite différence au niveau du haut du fourneau, c'est exactement pareil, il me semble. Mais je suis d'accord avec toi. Un rien déstabilise ce modèle. Je vais quand même essayer de voir si je peux faire quelques corrections, sachant que la pipe sera certainement encore sensiblement différente du croquis, et essayer d'affiner légèrement la tige et de lui faire un cul plus rond, puisque tu aimes les tailles sveltes avec un gros cul. :-) |
Puis, peu après, arrive le message suivant : |
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J'ai commencé un nouvel essai de LC. Je crois que j'ai compris de
quoi tu parlais lorsque tu me disais que la tige devait démarrer
plus bas. Cela lui donne une allure un peu comme celle qu'on
retrouve sur les pipes Ulm. On verra si j'ai, cette fois, réussi à
capter la ligne de la LC. Le fait est que je ne me suis rendu compte
de cette caractéristique qu'une fois le travail avancé. J'ai essayé
d'aller dans ce sens mais je ne sais pas si ce sera assez marqué.
J'ai déjà sablé la nouvelle pipe et le sablage est un peu moins beau
que sur la précédente. Je pense qu'une teinture plus foncée lui
conviendrait mieux. Je verrais bien une finition un peu comme sur
les Shell. |
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