Renouveau des kiseru japonais ?

par P.R.

18/02/13
kiseru

Estampe probablement fin Edo montrant une japonaise en train de nettoyer son kiseru

Les kiseru sont ces longues pipes traditionnelles japonaises au bol très petit, que l’on voit parfois sur des estampes aussi bien dans la main d’un homme que dans celle d’une femme. La seconde moitié de l’époque d’Edo (1603-1868) a été la grande époque des kiseru au Japon. Dès l’introduction du tabac par les Portugais (seconde moitié du XVIème siècle) les kiseru ont eu un grand succès au Japon mais ils ont été assez brutalement détrônés par les cigarettes lors de leur arrivée au Japon au moment de la ‘Restauration de Meiji’ (1868). Les Japonais ont toujours continué à fumer le kiseru, mais de moins en moins jusqu’à ces dernières années où l’usage avait quasiment disparu. Depuis quelques années cependant on assiste à une sorte de renouveau du kiseru. Les jeunes, en particuliers, semblent redécouvrir le plaisir un peu rétro de fumer le kiseru. Ce renouveau va de paire d’ailleurs avec un certain retour du kimono traditionnel. Certains jeunes renouent avec la tradition et se font le plaisir à porter un kimono ancien de qualité avec les ‘sagemono’ accessoires traditionnels accrochés au « obi » (large ceinture du kimono), au nombre desquels le kiseru glissé dans son étuis (kiseru-ire) accompagné de la tabatière (tabako-ire). Cela reste cependant encore clairement marginal.

Le kiseru est tellement représentatif de la culture d’Edo que dans les feuilletons et autres manga se déroulant à cette époque les personnages principaux sont souvent le kiseru à la main. On peu difficilement contester l’influence de ces médias sur les jeunes dans le retour actuel des kiseru. A tel point d’ailleurs qu’avec les exportations des manga et feuilletons japonais le kiseru trouve aussi désormais de plus en plus d’adeptes en dehors du Japon.
Il existe différents styles de kiseru et dans ces différents styles il existe encore une grande variété de tailles et de qualités.

Les deux principaux styles sont les « rau-kiseru » et « nobe-kiseru ».

rau kiseru

Rau kiseru

nove kiseru

Nobe-kiseru

Les premiers sont les kiseru les plus communs avec un tuyau en bambou et deux embouts en métal (souvent en laiton ou en argent) ; le second est un style un peu plus rare entièrement en métal. Ces deux styles comprennent chacun de nombreuses variantes plus ou moins ouvragées. La partie en bambou des rau-kiseru n’a en soi généralement pas beaucoup de valeur (après quelques années d’utilisation, si le kiseru est mal entretenu, le bambou peut d'ailleurs être changé ), la valeur d’un kiseru tient donc essentiellement dans la partie métallique. Elle est naturellement fonction de la valeur du métal employé mais aussi de la façon dont le métal est travaillé. Les plus beaux modèles sont très joliment gravés avec souvent des incrustations de différents métaux permettant de jouer avec les couleurs des métaux.

Malheureusement aujourd’hui on compte sur les doigts de la main les artisans de kiseru japonais encore en activité.

Lorsque l’on parle de kiseru, la petite taille du foyer laisse souvent certains dubitatifs sur la possibilité de fumer agréablement avec un tel objet. Naturellement, si durant plusieurs siècles les Japonais n’ont pas éprouvé la nécessité d’agrandir le bol du foyer on peut tout de même se dire que ce n’est pas sans raison.

Dans la vidéo ci-dessous un fumeur de pipes nous fait d’ailleurs la démonstration de la possibilité de se faire plaisir en fumant le kiseru avec un tabac non spécifique.

Etant donnée la petite taille du bol, un tabac finement haché est tout de même clairement préférable. Le tabac normalement utilisé pour les kiseru est appelé « kizami tabako » ce qui veut simplement dire « tabac haché », mais qui en réalité fait référence à une technique de préparation japonaise du tabac haché très finement.

kisery

Il ne reste actuellement que deux marques de tabac kizami disponibles au Japon : Koiki et Takarabune. Si le premier est encore produit au Japon, le second est sous-traité en Belgique. Le premier a meilleure réputation au Japon notamment parce qu’il est haché finement mais peut-être aussi un peu par chauvinisme... Pour le moment l’entreprise produisant le Takarabune en Belgique ne semble pas encore disposée à le mettre en vente sur le marché européen mais si l’intérêt pour le kiseru en Europe continu à progresser, on peut espérer que cela amène un jour à une mise sur le marché européen du tabac kizami.

Ci dessous un modèle de kiseru assez rare en argent massif, de forme particulière, avec gravure et incrustations. Si les modèles de base n’ont que peu de valeur (on peut acquérir un petit kiseru pour une vingtaine d’euros), les modèles les plus travaillés en argent massif et or sont parfois de vraies oeuvres d’orfèvrerie qui trouvent souvent leur place dans les musées ou chez des collectionneurs.

Pour en savoir plus sur les différents kiseru, sur l’historique des kiseru ou pour voir différents modèles (neufs et anciens), n’hésitez pas à visiter www.kiseru-pipe.com.

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