A propos de la bruyère

par Trever Talbert, traduit par Jean-Daniel Chambaz

15/15/07

Cet article est paru dans le blog de Trever Talbert, qui nous a très gentiment autorisé à le reproduire ici.

Le sujet de ce post est un sujet qui a surgi sur un forum de pipe que je fréquente. Y a-t-il vraiment des différences selon le pays d'origine, pour la bruyère ? Certains jureront par la corse, ou l'algérienne, ou l'italienne, prétendant que ces différentes régions de bruyère produisent une saveur supérieure dans les pipes. Mais ceci est-il vrai ?

Oui et non.

Avant que je réponde plus avant, prenez en considération – que personne ne sait vraiment d'où vient sa bruyère. Sérieusement. Les scieries de bruyère achètent les broussins de partout, de différents pays, de différents fournisseurs, et ils tous sont mélangés, lors du découpage et du séchage. La scierie chez qui vous achetez peut être en Italie, mais ça ne garantit pas que toute leur bruyère soit italienne - elle pourrait être de n'importe où autour de la Méditerranée. Ainsi, lorsque quelqu'un dit que sa bruyère est définitivement de telle ou telle origine, prenez-le avec précaution.

Après ce point, il y a deux arguments principaux – la bruyère, c'est de la bruyère, contre la controverse selon laquelle la bruyère change sensiblement en fonction de son origine. Pour traiter ce deuxième argument, nous devons d'abord définir ce que "bon" signifie au juste, en terme de bruyère. N'IMPORTE QUELLE source de bruyère peut produire un bois avec un beau grain et d'un excellent fumage…. mais il y a des différences. Si vous voulez un bloc susceptible d'être moins mal fichu, en termes de fissures ou de taches chauves, ceci dépend bien davantage du coupeur auquel on achète que sur du pays d'origine du bois.

J'ai travaillé avec de la bruyère de nombreuses différentes sources, et j'ai l'opportunité rare de pouvoir réellement fumer comparativement différentes bruyères. De savoir que les deux pipes sont forées avec la même taille de cuvette, les mêmes chambres, la même taille de trou d'air, et utilisent le même matériau pour le tuyau…. parce que TOUS ces facteurs influencent également la saveur de la fumée ! Fumez la même pipe en permutant des tuyaux en ébonite et en acrylique, et vous serez étonné de la différence de saveur. Ainsi, déjà nous regardons une équation qui est presque impossible à ramener à des mesures simples. Quelqu'un qui pense aimer la bruyère algérienne parce qu'il croit qu'une marque qu'il aime utilise de la bruyère algérienne peut en fait très facilement répondre à la conception des tiges utilisée par cette marque, ou à la disposition et à la taille du trou d'air. Trop souvent, de grandes généralisations sont faites concernant la qualité de bruyère à partir de différents pays, souvent sur des évidences tout à fait légères.

Mais Y A-T-IL une différence? Je peux répondre un oui très qualifié. Fumant le même tabac dans des pipes identiques faites à partir de deux sources de bruyère différentes, je peux - parfois - détecter une très petite différence de saveur. Afin de remarquer cette différence, je dois réellement fumer le même tabac dans les deux pipes en même temps, et la même nuit - permutant de l'une à l'autre chaque quelques bouffées, parce que si je les fumais des jours différents, je ne détecterais jamais une quelconque différence, elle est souvent si ténue.

Ce qui naturellement amène la question - comment est-ce que je sais que la différence entre le bloc de bruyère grecque et le bloc bruyère algérienne est en relation avec l'origine, ou que c'est plutôt juste la différence normale entre deux blocs de bruyère pris au hasard? Je ne le peux pas. Toute la bruyère grecque ne fume pas de la même façon, ni toute l'italienne. On doit juste prendre ce que la nature offre et en tirer le meilleur. Si vous insistez, j'ai généralement noté les caractéristiques mineures suivantes, mais elles sont certainement subtiles. La bruyère algérienne, selon moi, semble offrir une saveur plus forte, plus riche, plus lourde. La grecque semble extrêmement neutre, permettant au tabac lui-même de s'épanouir. L'italienne et la corse semblent "intelligentes", donnant à des mélanges un goût plus net. Du moins selon mon expérience. Mais souvent aucune de ces choses n'est vraie. Il en est ainsi, dans la nature…

Posté par Trever Talbert, mercredi 18 avril 2007 à 22:53