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L’année est morose pour les pipe shows,
dixit Nicolas Stoufflet. Des Français qui ont participé au pipe show
de Rheinbach, semblent plutôt déçus par le nombre de visiteurs et
par le manque d’effervescence. A les croire, le phénomène du pipe
show est en déclin. Son avenir paraît donc incertain. Dans le forum
Fumeurs de Pipe certains s’interrogent même sur les mesures à
prendre pour insuffler une nouvelle vie aux pipe shows moribonds.
Or, depuis l’Allemagne et les Etats-Unis me parviennent des bruits
complètement différents. Dans les groupes de discussion allemands on
parle du franc succès du show organisé par Achim Frank. Martin Reck
par exemple regrette ne pas avoir eu le temps de faire à son aise le
tour des autres exposants, tellement il était occupé. Quant à ses
ventes, elles dépassent de loin ce à quoi il s’était attendu. Qu’en
est-il du plus grand pipe show au monde, celui de Chicago ? Les 306
tables disponibles étaient toutes réservées. Frank Burla,
l’organisateur, a dû refuser des candidats. Par rapport à l’année
précédente, il y avait 46 nouveaux exposants. Quant au nombre de
visiteurs, rien d’anormal. Certes, en cette période de crise
économique et financière on n’a pas égalé les chiffres de 2008, mais
cela ne doit pas inquiéter puisque le cru 2008 était une
année-record. Cette année on est tout simplement redescendu au
niveau de 2007. Et les ventes alors ? Bien sûr il a dû y avoir des
déçus, mais la grande majorité des témoignages va dans le même
sens : c’était un réel succès commercial. Certains habitués des pipe
shows parlent même d’une année exceptionnelle. Il semblerait donc
que l’avenir du show soit tout sauf menacé, d’autant plus que cette
année il y avait davantage de visiteurs jeunes que pendant les
éditions précédentes. A 9 mois du show 2010, deux tiers des tables
sont déjà réservées et Frank Burla vient de signer un contrat pour
réserver le Pheasant Run jusqu’en 2013. Bref, finalement les pipe
shows ne sont pas aussi moribonds que ça.
Est-ce dire que ceux qui sont rentrés de Rheinbach avec des
sentiments mitigés, avaient tort ? Pas du tout. Je les comprends.
D’accord, je ne suis pas bien placé pour exprimer un jugement
objectif puisque cette année je ne me suis pas rendu à Rheinbach. Et
pourtant dieu sait que j’avais envie d’y aller. Déjà au mois de juin
j’aurais aimé réserver ma chambre d’hôtel. Or, à deux mois de la
date fatidique, impossible de savoir quels pipiers participeraient
au show. A un mois de l’événement, certains artisans allemands,
pourtant des habitués du show, m’avouaient même pas avoir été
contactés par l’organisateur, alors que leur présence avait été
annoncée. Pas sérieux, ça. Bref, cette année il était évident que la
préparation et l’organisation de la rencontre entre pipiers et
pipophiles manquaient d’efficacité et d’élan. Il semblait que le
cœur n’y était pas. Remarquez, cela se comprend vu les récents
pépins de santé de monsieur Frank. Il n’en demeure pas moins qu’a
été mise à jour une faiblesse du show : apparemment l’organisateur
n’est pas suffisamment entouré d’une équipe. Or, c’est justement la
formule d’un team uni et efficace qui fait le succès du pipe show de
Chicago. D’ailleurs, à partir de l’année prochaine Frank Burla
passera le flambeau. Sans que cela ait la moindre incidence sur
l’organisation de cet événement gigantesque. Par contre, le tout
premier pipe show international sur le sol européen, celui de
Cuxhaven organisé par Rolf Osterndorff, n’a jamais connu de seconde
édition. Non pas que l’événement s’était soldé par un échec. Au
contraire. La fine fleur du monde pipier, de Rainer Barbi à
Cornelius Mänz, de Baldo Baldi à Tarek Manadily, de Kurt Balleby à
Tonni Nielsen, de Rolando Negoita à Lee von Erck, du patron de la
marque japonaise Tsuge au pipier néo-zélandais Jan Zeman, était
présente. Même la Sainte Trinité, Bo Nordh, Lars Ivarsson et Jess
Chonowitsch, était au rendez-vous. Et quiconque a observé comment
les visiteurs se sont arraché les pipes de Cornelius Mänz pendant
qu’il les déballait, n’a pu avoir le moindre doute sur le succès
commercial du show. Non, ce qui a décidé Rolf Osterndorff à ne pas
renouveler l’expérience, c’est que, malgré ses demandes d’aide
réitérées, il n’a pas réussi à constituer une équipe.
A part le manque de planification et de publicité, y a-t-il d’autres
raisons qui pourraient expliquer l’impression de morosité rapportée
par les visiteurs français ? Il me semble qu’il y en ait plusieurs.
Tout d’abord l’absence remarquée de plusieurs pipiers annoncés. Cela
ne fait jamais plaisir. Et puis le fait que peu de pipiers
proposaient des pipes spécialement faites pour l’occasion. Il est
évidemment moins excitant de découvrir sur les tables des pipes qui
traînent depuis des mois sur des sites web. Ce n’est pas tout. Un
des atouts majeurs du show de Chicago, c’est la pléiade d’activités
et d’animations : expositions de collections thématiques, exposés
par de collectionneurs et des connaisseurs connus, prix décernés aux
plus belles tables, aux collections les plus impressionnantes, aux
individus dont les mérites dans le petit univers de la pipe sont
récompensés. S’ajoutent à cela les dîners, les enchères, les cours
donnés par des pipiers et des réparateurs de renom, la possibilité
de vendre des estates ou du faire du troc dans les chambres du
Pheasant Run. Or, alors qu’avant, les visiteurs de Rheinbach
pouvaient assister à une démonstration de la méthode de bourrage
Frank, observer les pipiers à l’œuvre, participer à des enchères
silencieuses, cette année rien de tout cela. Ca me paraît une faute.
Un pipe show n’est pas un simple salon de vente. Reste un dernier
facteur qui a pu avoir une certaine influence, pour ne pas dire une
influence certaine sur le nombre de visiteurs. Ainsi, un célèbre
collectionneur allemand m’a confié que c’était la raison pour
laquelle il ne se rendrait plus à Rheinbach. Alors que le show
s’intitule officiellement German Pipe Makers & Friends, il
semblerait que pas tout le monde soit considéré par monsieur Frank
comme un ami. Par le passé il a refusé des tables à certains pipiers
pourtant désireux de participer. Ca a fait du mauvais sang.
Peut-être même que ce refus se trouve à l’origine de la naissance du
pipe show de Fürth. Cet ostracisme a connu son apogée il y a deux
ans lorsque monsieur Frank a interdit à Tom Eltang et à son ami Per
Billhäll, le propriétaire du commerce Scandpipes.com, de vendre les
pipes qu’ils avaient amenées. Eltang et Billhäll ont dû rentrer
bredouilles au Danemark. Il va sans dire que les visiteurs, dont
moi, qui étaient au courant de la façon dont les Danois s’étaient
fait éconduire, n’ont pas exactement apprécié les façons de monsieur
Frank. Un pipe show à vocation internationale et amicale où l’on
refuse des monuments pour la seule raison qu’ils pourraient faire de
la concurrence au commerce de monsieur Frank, ça fait sourciller.
Ca, ça ne me paraît pas une faute. C’est une gaffe monumentale.
Ceci dit, je ne voudrais surtout pas ternir la réputation d’Achim
Frank. Il ne faut pas l’oublier : s’il peut avoir des torts et des
tares, avant tout il a le mérite incontestable d’avoir fondé un pipe
show plus que respectable. D’ailleurs il se pourrait bien que la
baisse du nombre de visiteurs soit due en premier lieu à des raisons
fondamentales sur lesquelles aucun organisateur d’un événement
pipier européen n’a de l’emprise. En effet, l’Europe n’est pas
l’Amérique. De notre côté de l’Atlantique il n’y a plus de
distances. Cela veut dire que le fumeur de pipes moyen et typique,
celui qui fume, sans trop se poser des questions, ce qu’on lui
propose dans le commerce, trouve sans difficultés et sans devoir
faire des déplacements de plusieurs heures, ses Butz et ses Chacom,
ses Stanwell et ses Peterson. Par contre, je connais des Américains
qui se voient obligés de parcourir 500 km aller-retour pour trouver
un commerce plus ou moins spécialisé dans la pipe et le cigare. Dans
ces conditions, ces gens-là préfèrent faire un déplacement de
plusieurs centaines de kilomètres pour jouir du choix incomparable
que leur offre l’un des innombrables pipe shows organisés
annuellement aux quatre coins des Etats-Unis. Le fumeur de pipes de
série européen, lui, n’éprouve nullement le besoin de faire un
voyage pour visiter un show. Par conséquent, ne reste donc qu’une
toute petite minorité : les vrais passionnés, ceux pour qui la pipe
est plus qu’un simple outil de fumage. Or, vu qu’ils sont
passionnés, ces gens-là consacrent pas mal de temps à la pipe. Ils
visitent régulièrement les sites web des artisans et des commerçants
spécialisés. Ils traînent sur eBay. Ils participent à des forums. Et
bien évidemment ils sont en contact avec d’autres passionnés dans
leur genre. La plupart du temps ils entretiennent même des rapports,
parfois privilégiés, avec leurs pipiers préférés. Cela étant, ils
n’éprouvent pas vraiment le besoin de se rendre à un show pour
acheter les pipes qui leur plaisent. Ni d’ailleurs pour découvrir
les nouvelles œuvres de leurs artisans favoris puisque ceux-ci leur
montrent en avant-première les pipes qu’ils ont préparées pour un
show. Bref, en tant que salon de vente, un pipe show n’a pour les
passionnés qu’une utilité toute relative. Pour eux, l’attrait
premier de ce genre d’événement est de nature sociale. Or, c’est à
se demander si à leurs yeux cet attrait-là justifie à lui seul des
déplacements longs et fatigants et des frais de voyage et de séjour.
Oui, mais peut-être qu’un endroit plus prestigieux qu’une petite
ville de province comme Cuxhaven, Rheinbach ou Fürth pourrait faire
toute la différence. Paris par exemple. Cette idée me fait sourire.
Et hop, on va encore m’accuser de racisme anti-français. Tant pis.
Il faut quand même un minimum de réalisme. Les vrais marchés de la
pipe artisanale, ce sont les Etats-Unis, l’Allemagne et de plus en
plus la Russie et l’Asie. La France et la Belgique sont, à cet
égard, des déserts, dominés qu’ils sont par les deux grands groupes
français. Par conséquent, le nombre de collectionneurs de high
grades et de connaisseurs de l’univers de la pipe faite main y est
extrêmement limité. Dans ces conditions il me semble fort naïf pour
ne pas dire suicidaire de vouloir organiser un pipe show à Bruxelles
ou à Paris. D’ailleurs la vaste majorité des fumeurs de pipe belges
et français étant convaincus qu’une bonne pipe vaut 50 euros, la
confrontation avec les prix des danoises, allemandes ou américaines
risquerait de susciter une vague d’indignation. Et, qui sait, des
crises cardiaques. Et comme de nos jours il faut tout faire pour
protéger la santé publique,...
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