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Depuis l'arrivée des pipes du groupe réalisées
par Fikri Baki, il est beaucoup question d'écume, sur notre forum ou
dans d'autres. Et les mêmes questions reviennent : comment colorer
son écume ? Il suffit qu'on ait vu quelques belles écumes anciennes,
superbement patinées, pour que l'on se mette en tête d'obtenir les
mêmes résultats.
Et cela devient la grande affaire. Cette pipe d'écume, ce n'est plus
une pipe, ce n'est plus de l'écume, c'est une future œuvre d'art.
Finalement, cette pipe, on ne va pas la fumer, on va la colorer.
Ceux qui ont des chiens ou des enfants mettent la belle
soigneusement à l'abri.
Il semble que l'on obtienne de meilleurs résultats avec les latakias
? Très bien, on va fumer du latakia. On ouvre une boite de latakia.
Il ne faut pas les toucher avec les doigts ? Très bien, Chérie,
passe-moi tes gants de cuisine en latex rose.
Il faut dire qu'à force, j'ai fini par me laisser impressionner.
J'ai essayé, pendant un quart d'heure, de ne tenir ma pipe que par
le tuyau. Le tuyau étant court, ça a été très vite contraignant.
J'ai fini par la tenir par la tige, entre deux doigts. J'ai enfin pu
profiter du fumage. Bien sur, j'ai vu au bout de quelques jours, une
petite tache, une absence de coloration, sur la tige.
Mais voilà : maintenant je fume réellement mon écume. Avant, je ne
la fumais pas. Je laissais du tabac y brûler. Pas la même chose.
Et cela me rappelle quelques souvenirs, à propos de pipes en
bruyère. Sur une Negoita wallnut, et une Schwarz rustiquée, j'avais
constaté que les parties de la bruyère les plus à l'extérieur
étaient devenues beaucoup plus sombres, s'étaient nettement
colorées, alors que les parties creusées, profondes, restaient
claires.
Je m'en étais étonné. Erwin Van Hove m'avait répondu que c'était du
au fait que les parties en contact avec la main se coloraient
toujours plus que les autres. Je ne voyais pas cependant pourquoi
certaines parties restaient aussi claires qu'au premier jour.
J'aurais compris qu'elles brunissent un petit peu. Thierry Melan
m'avaient dit que les parties claires étaient généralement celles
qui étaient évidées, en appuyant plus ou moins fortement, et que le
fait que le grain soit compressé à ces endroits expliquait qu'il
reste vierge.
Quelques temps avant, j'avais noté cela avec des pipes simplement
passées au shellac, ou de finition tan. Quand je me procurais une de
ces pipes, estates, je savais en la recevant comment son premier
propriétaire la tenait.
Et puis j'ai tenté une expérience - j'en avais parlé sur le groupe,
mais je ne retrouve pas ce fil. Une belle Rad Davis m'est arrivée.
Je n'ai pu malheureusement fournir avec cet article des photos
avant/après, j'ai du la revendre (Coulez, Larmes, Approchez,
Mouchoirs, Soufflez, Narines). Cette pipe, je l'ai fumée sans jamais
toucher son fourneau. J'ai été très sérieux pour le coup, et ça
n'était pas difficile, elle tenait très facilement en bouche. J'ai
pu donc parfaitement en profiter, mais sans jamais, au grand jamais,
toucher fourneau et tige.
Et bien cette pipe s'est colorée de façon tout à fait uniforme, en
prenant une très jolie teinte miel. Pas de tâches plus ombrées. Un
bonbon au miel.
J'avais donc fait part de ce résultat sur le groupe. On m'a félicité
pour l'expérience (un peu de surmenage, se sont dit les membres, ne
le brusquons pas).
Ce qui m'étonne aujourd'hui, c'est que jamais je n'ai entendu parler
de telles précautions, quand il s'agit d'une pipe en bruyère.
Jamais. Mais voilà que les écumes arrivent, et nous nous prenons
tous à rêver de fumer en gants blancs, de fumages au latakia en
rejetant la fumée sur la pipe, etc. ...
Par ailleurs, Erwin me faisait remarquer, sur une photo montrant
Baki au travail, une écume si teintée qu'elle en est devenue rouge
sombre. Je me permets de penser que quand Baki fume une écume en
travaillant, il ne porte pas de gants, ne se tourne pas vers l'est,
et ne doit pas prendre de précautions particulières...
Certains membres du groupe ont montré de tels exemples, or ces pipes
n'étaient pas considérées comme intouchables, elles ont été, et sont
encore fumées, voilà tout.
Alors voilà, pour finir, je crois que notre activité - et c'en est
une ! - doit rester un plaisir, pas une source de préoccupations.
Mes frères, mes sœurs, en ce troisième dimanche après la
Pentecôte... qu'est-ce que je raconte, moi ? Bref, fumons, mais sans
faire une fixette sur la teinte de nos chères pipes, ne nous mettons
pas de bâtons dans les roues, profitons, Carpe Pipum !
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