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Sir Georges est bien connu de la plupart d'entre nous. Il met à
notre disposition de superbes pipes, pour toutes les bourses.
Georges a une gentillesse et une disponibilité pour nous répondre
dont devraient s'inspirer bon nombre de vendeurs de pipes.
C'est d'ailleurs à l'occasion d'échanges très
plaisants de courriels, lors de quelques ventes, que nous avons lié
amitié. Cependant, dès la première fois, le ton était donné et nous
nous sommes très vite appréciés mutuellement.
Il y a quelques temps, je lui avais proposé de venir nous rendre
visite, lorsqu'il aurait l'occasion de descendre dans les Ardennes.
Ainsi, jeudi passé, alors que nous discutions d'une pipe qu'il
m'avait présentée, car il connaît bien les goûts de ses amis, il m'a
dit qu'il se rendait ce lundi à Weiswampach, au Luxembourg, et m'a
proposé d'en profiter pour nous rencontrer autour de quelques bonnes
pipes.
C'est ainsi que, dans l'après-midi, Georges et Lucienne – que j'ai
surnommée "dame Lúthien", en référence à J.R.R. Tolkien et pour bien
s'accorder avec le surnom de Georges – se garaient dans mon allée,
suivis littéralement par la voiture de mon épouse qui revenait
d'être allée rechercher notre petit dernier à l'école. Celui-ci,
alors qu'il n'a que quatre ans, nous a attendri par sa façon de
recevoir nos hôtes, leur faisant faire le tour du salon en leur
proposant les meilleurs fauteuils pour s'asseoir ou, s'ils le
voulaient, s'installer autour de la table où nous allions prendre le
café et déguster une tarte aux pommes que mon épouse avait choisie
ce matin à La Roche-en-Ardenne. Un vrai petit gentlemen de quatre
ans, dont le grand sérieux nous a tous amusés.
Une fois installés autour de la table, je découvre que Georges, en
plus d'être un passionné de pipes et en particulier des "vieilles
British", s'y connaît assez bien en informatique pour s'intéresser
de près à GNU/Linux, même s'il n'a pas encore franchi le pas. Voilà
pour l'anecdote, car le sujet qui nous intéresse est bien sûr la
pipe et les tabacs.
Georges, comme tous les fumeurs de pipes, emporte un certain nombre
de ses belles avec lui et, lorsque nous évoquons le rituel des
préparatifs d'avant un départ, avec nos longues hésitations devant
les râteliers et les boîtes de tabac, nos épouses se regardent d'un
air entendu. Ce ne sera d'ailleurs pas la dernière fois, au cours de
notre conversation. Être femme de fumeur de pipe, c'est tout un art
de vivre aux côtés de leur pétuneur de mari. Et si nous avons nos
sujets de conversation, elles ont les leurs aussi à notre propre
sujet.
Nous en venons à discuter tabacs et je lui parle du Samuel Gawith
qui vient de rentrer en Belgique, le "Golden Glow". Il le hume et,
comme il semble apprécier, je lui propose d'en prendre un peu.
Plutôt que d'en emporter un échantillon, il décide d'en bourrer une
pipe qu'il laisse reposer, en attendant la fin de notre collation.
C'est donc après un bon cappuccino à la crème et une part de tarte
que Georges sort quelques sacs à pipes tirés d'un plus grand sac. Il
me montre ses belles vieilles bruyères anglaises, dont quelques
Dunhill, mais également une étrangère et néanmoins superbe S. Bang ;
la seule qu'il ait gardée sur quatre, me précise-t-il. Je comprends
donc qu'elle n'est pas à vendre et c'est peut-être mieux, car mon
épouse, qui commence à s'y connaître sans jamais avoir fumé la pipe,
surveille avec encore plus d'attention notre conversation sur cette
danoise, une fois que le nom qu'elle connaît déjà très bien a été
lâché. Il faut dire que je viens d'acquérir quelques bonnes pipes,
ces derniers mois, et qu'il est temps de me calmer... afin d'en
garder un peu pour les autres mois de l'année.
Georges a aussi amené la fameuse Fred Brandt dont nous avions
discuté à plusieurs reprises. Il me précise, mais inutilement,
qu'elle ne l'a pas accompagné dans le but de me forcer la main.
Georges n'est pas un marchand, tous ceux qui ont déjà eu affaire à
lui le savent et je suis d'ailleurs un peu amusé qu'il insiste tant
pour être certain que je ne pense pas qu'il ait apporté cette pipe
dans un but lucratif. Je le rassure en lui disant que ce n'est pas
nécessaire et que j'espérais même qu'il le fasse.
Sir Georges prend de très bon clichés de ses pipes, cela permet à
l'acquéreur de n'avoir aucune surprise, au moment de l'examen de
réception. Je suis d'ailleurs étonné à chaque fois de la qualité des
photos, comparées à la pipe reçue : il n'y a pas de différence. Si
elles ne permettent pas de sentir la pipe en main, et comme le
disait si justement René Magritte, "Ceci n'est pas une pipe", dans
le tableau "La trahison par les images", on ne peut pas dire "Elle
est encore mieux en vrai qu'en photos", tel qu'on l'entend souvent.
Ou pire, au sujet de photos brouillées qui masquent parfois des
défauts et dont on est soulagé qu'il n'en soit rien. Donc, les
photos de Georges reproduisent bien ce que l'on a sous les yeux par
la suite.
Le fait d'avoir une pipe devant soi est quand même un plus pour
apprécier son volume réel, dont on peut relativement se faire une
idée en ajustant la taille des photos aux dimensions méticuleusement
indiquées – au centième de millimètre près – sur ses descriptions.
D'ailleurs, cela reste bien relatif, car la Fred Brandt m'apparaît
malgré tout plus petite que je ne me l'étais imaginée ; mais c'est
sans doute aussi à cause de la Millville que Georges m'avait
présentée il y a quelques jours, en disant qu'alors qu'il triait ses
pipes en vue de la mise à jour à venir, elle lui avait fait penser à
moi. Reste à savoir comment prendre le fait qu'il s'agisse d'une
grande et large pipe courbée ?... Je me tiens pourtant toujours très
droit !
Blague à part, il s'agit d'une pipe énorme au foyer plus que
généreux, comme il sait que je les aime, et elle est bien telle que
sa nomenclature l'indique : "Unique". Cela m'avait amusé car, suites
de coïncidences, à peine venais-je de conclure l'achat d'une
collection complète de la série des Maigret, dans le cadre de la
reconstruction de mes diverses collections, que je recevais le
courriel de Georges et, dès que j'ai vu les photos, j'ai tout de
suite pensé à la pipe préférée du personne issu de l'imagination
d'un autre Georges, Simenon celui là, dont il écrivait qu'elle était
aussi grosse que la tête du célèbre inspecteur et que l'on aurait pu
y bourrer, consciencieusement et à petits coups d'un indexe
appliqué, le quart d'un paquet de "gris". L'image était bien sûr un
peu forte, mais Georges, toujours Simenon, voulait faire passer
l'idée d'une pipe très imposante, à l'image de Maigret, dont le
meilleur interprète me semble être Bruno Cremer, jusqu'à présent.
Au départ, je pensais prendre la Millville avant la Fred Brandt
mais, finalement, cette dernière étant déjà sur le site depuis au
moins le début du mois d'avril, et après les dépenses des vacances
et de la rentrée, elle risquait de ne plus rester longtemps
disponible. Georges m'avait d'ailleurs dit qu'il hésitait encore à
la mettre en vente, ce qui me laissait un peu de temps pour la
Millville. Je vous en parle, vous en donne sans doute envie d'en
savoir plus, mais vous aurez compris qu'il faudra attendre encore un
peu avant d'en voir des photos détaillées.
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