Michael Parks


par Lubo Bobek

06/08/06

 

Lubo Bobek, l'auteur de cette interview réalisée en 2005, outre qu'il m'avait fait découvrir Michael Parks, m'en avait en outre envoyé le texte original et m'avait autorisé à le traduire. Qu'il en soit ici encore remercié. Car ce n'est qu'une traduction, certainement maladroite... vous pourrez donc prochainement, découvrir le texte original en téléchargement : cela rendra justice au pipier et à l'interviewer !

 

Bonjour Michael, je suis heureux que nous ayons pu enfin nous retrouver pour cette interview. Je vais commencer par un sujet qui tient au coeur des amateurs, le Chicago Pipe Show 2005. Pourriez-vous nous résumer vos impressions quand à ce que peut apporter un tel événement au monde des pipiers professionnels ? Quelques pipiers renommés n'ont pu y participer, Trever Talbert s'en est expliqué, mais d'autres, comme Rainer Barbi ou Paul Becker, étaient présent car ils le trouvent important pour leur vie professionnelle. Qu'est-ce qui a été le point le plus important dans le Show de cette année, quels en ont été les aspect positifs ou négatifs, et quelles tendances se sont dégagées ?

Ce qui est fantastique dans ce Pipe Show, c'est qu'il se reproduit tous les ans. Y participer, c'est se tenir au courant des dernières connaissances dans ce domaine. Rencontrer les personnes ayant du savoir-faire, et se rendre compte que chacun garde son enthousiasme. C'est une ambiance extraordinaire. Ce qui m'a le plus impressionné cette année est la présence d'une nouvelle génération de pipiers. Si une tendance se dégage, pour moi, c'est l'intérêt pour la fabrication de pipe qui se développe. Je pense que cela se produit parce que les gens se rendent compte que c'est un travail qui détend, qui apporte sa récompense, et que fait d'une façon réfléchie, il peut être productif. Certains de ces artisans ont pour but de l'être à plein temps, d'autres cherchent le plaisir d'un revenu gagné à temps partiel et enfin il y a ceux qui font simplement des pipes pour le plaisir. Il est à noter que ces personnes sont diverses, autant par l'age que par leur milieu. Ce qui les rapproche, c'est leur connaissance partagée de la fabrication des pipes. Ce sont des personnes bien informées, et les pipes présentées le prouvent. Si je devais trouver un point négatif au Pipe Show, c'est qu'il devrait être plus grand !


Jeff (Gracik - Alan Pipes) m'a dit qu'il avait passé du temps avec avous lors du pipe Show, ce qui était une bonne nouvelle pour moi. Je voualsi vous poser une question au sujet des pipiers débutants : à votre avis, lesquels sont prometteurs ?

Stephen Downie est nouveau et créateur. Il y a également John Crosby, Rad Davis, Love Geiger, Jeff Gracik, Jach Howell, Gregor Lobnik, Kjeld Sorenson, et je pourrais poursuivre indéfiniment !
 

A ce point de la conversation, nous pouvons passer aux pipiers qui vous ont le plus impressionné, et peut-être inspiré. Je sais que vous appréciez le travail de Teddy Knudsen, Baldo Baldi et Julius Vesz. En fait, j'ai souvent mentionné ces noms sur notre forum. J'ai mentionné et montré des exemples des formes uniques de Teddy Knudsen, et les formes similaires de Kent Rasmussen. J'ai remercié Baldi pour son culot quand il a créé les "Hommage à Dali" et "Hommage à Gaudi" en utilisant sa "forme molle". En outre, nous avons aussi mentionné plusieurs la "Raindrop", la "Goutte de pluie" de Julius Vesz. Qu'appréciez-vous le plus dans le travail de ces maîtres et en quoi sont-ils uniques ?

Les pipes de ces maîtres sont impressionnantes. Sincèrement, n'importe quelle pipe présentant un aspect attrayant peut avoir de l'influence sur mon travail, on peut dire que je suis inspiré par tous les pipiers. les pipes de Teddy Knudsen sont très raffinées. Ses finitions les plus claires ont un aspect crémeux fantastique, et elle sont si fimement polies qu'elles semblent molles. Je suis également frappé par la ligne de ses pipes, il n'y a qu'à voir ses Horn ou ses Nautiles.
Baldo Baldi crée des formes pleines de force, avec des courbes modernes, et des contours inspirés par l'architecture, il fait ressortir le grain d'une manière exceptionnelle. Julius Vesz crée également des formes fortes, mais ses créations rappellent des compositions antiques.

Les autres pipiers qui m'ont marqué sont : Poul Ilsted, dont les formes lambrissées sont audacieuses, spécialement ses horns et ses bulldogs. Les conceptions de Lars Ivarsson sont des réminiscences de la nature, suggérée subtilement et stylistiquement représentée dans ses pipes.
Certaines formes de Rolando Negoita représentent aussi la nature, mais avec plus de réalisme qu'Ivarsson, comme on le voit dans sa recréations des formes et des textures que l'on trouve dans la nature. Cependant Rolando crée des formes merveilleuses dans un modèle moderniste et géométrique.
Les pipes de Kent Rasmussen repoussent les limites de la forme danoise originale. Ces pipes ont la force et la simplicité des tatouages tribaux que l'on voit aujourd'hui. Et en plus elles étonnent, techniquement.

Les deux autres pipiers que j'ajouterai à cette liste, mais nous y reviendrons plus tard, sont Tom eltang et Lee Von Erck.
 

Puisque vous connaissez bien les milieux américains et canadiens de la pipe, je vous demanderai votre avis sur un pipier, dont je parle souvent, et toujours avec plaisir. Vous connaissez bien sur son non, c'est Lee Von Erck, et je voudrais avoir votre opinion sur lui. En outre, je souhaiterais vous interroger sur sa méthode de traitement de la bruyère, l'oil curing, également utilisée par Luigi Radice et d'autres. Comment applique-t-on cette méthode, et en quoi consiste le truc ? Personnellement, j'ai travaillé sur des bijoux en bois, et je les ai traités à l'huile bouillante. Il en est ressorti une très jolie teinte, pouvaient être plis et ne gardaient pas trace de gras. C'est un truc utilisé par les artisans du bois. Est-ce pareil pour des pipes ? De plus, je sais que Trever Talbert a envoyé quatre pipes à Martin Farrent et Erwin Van Hove pour un essai, chacun recevant une pipe traitée à l'huile, et tous deux les ont identifiées immédiatement en raison de leur goût différent. Quel est votre opinion sur l'oil-curing ?

Lee Von Erck a été comme un mentor pour moi. Nous nous sommes connus lors de ma première exposition de pipes, et nous sommes devenus amis. Il n'était pas avare de conseils. Lee soutient les fumeurs de pipe, et les pipe-clubs, en participant à autant de Pipe-Shows qu'il le peut. Il est également en train de devenir une légende internationale, avec ses voyages annuels au Japon. Comme pipier, Lee a trouvé un style qui lui est propre, avec de longues spirales et des formes naturelles. Ses pipes ont un esprit. L'homme a beaucoup de caractère, et c'est un ami.
 

Concernant l'oil-curing, cela donne une saveur particulière dès les premiers fumages. A mon avis, cela sert à couvrir le goût de la bruyère pendant les premiers fumages. Une cuvette polie, huilée ou enduite d'une autre façon, empêche le goût de la bruyère qui chauffe de s'ajouter au tabac. Après un traitement à l'huile, les fibres du bois en sont saturées, la combustion ne se fait pas de la même façon, et une couche de carbone se forme toujours dans un délai raisonnable.

Mais les techniques d'oil-curing de Lee Von Erck, de Radice ou d'Ashton Taylor, sont souvent gardées secrètes, et je n'en sais pas plus.
 


Ma question suivante concerne les spirales, un art dans lequel Lee est passé maître, et vous-même, vous atteignez le plus haut degré de perfection. L'avez-vous appris de lui ? J'ai le sentiment d'ailleurs que ce motif est plus souvent présent dans les œuvres des pipiers américains.

A l'origine, cela me vient de Charatan, parce que ma première commande de pipe avec un tige en spirale vient d'un collectionneur de Charatan. On voyait souvent cette forme en spirale en Amérique du Nord, cependant, j'en ai vues faites par Rainer Barbi ou Luigi Radice.

Après en avoir fait quelques unes, j'en ai parlé avec Lee. Lee a relié sa spirale à la courbe du fourneau d'une façon qui m'a intrigué. Dans mon travail je fais une spirale particulière pour chaque pipe, et le type de spirale dépend de la pipe. Un bon exemple est une straightgrain lisse Poker Sitter avec une tige half-bent en spirale. Comme Lee, j'ai un procédé habituel pour créer la spirale. Le mien est un mélange de travail à la lime, d'outil rotatif et de tubes à poncer, pas nécessairement dans cet ordre. Lee pourrait vous parler de son propre procédé... mais je vous laisse lui poser la question !
 

Un autre pipier renommé est Tom Eltang. Il semble que Tom est ouvert aux jeunes pipiers prometteurs, et ne fasse pas du tout dans le genre "Maestro pompeux". Il a visité les ateliers de Cornelius Maenz et de Rolando Negoita, passé beaucoup de temps avec notre ami commu Jeff au show de Chicago cette année, et ainsi de suite. En outre, l'excellent jeune créateur autrichien Martin "Tine" Steinthaler, qui étudie avec Peter Matzhold, possède beaucoup de pipes de Tom et en est ravi. Vous avez du voir les photos de l'ouverture du nouvel atelier, et du nouveau magasin de Tom. Chaque événement organisé par Tom (ouverture de son atelier, ses trente ans de carrière, etc. ...) est l'occasion pour lui de réunir des pipiers renommés. Comment en êtes-vous venu à le rencontrer, et quelle est son influence dans votre travail ?

J'apprécie Tom, il a de l'allure et c'est un remarquable artisan. Nous avons été présentés au Pipe Show de Richmond il y a quelques années, et nous avons poursuivi nos conversations à chaque nouvelle exposition. Ses commentaires et ses critiques sont toujours précis.

Les Pipe Show m'ont permis de présenter mon travail à d'autres pipiers qui m'ont beaucoup appris. Quand je suis devant un problème insoluble, je trouve souvent la solution en écoutant les autres pipiers. Les réponses viennent toujours, qu'on ait posé une question précise ou pas. un pipier peut expliquer comment il travaillait sur tel point précis, à un moment donne... et BAM !, ça y est, je sais exactement ce que je voulais savoir, et sans le demander ! Cela arrive avec Tom. Ce que je trouve le plus intéressant chez lui, c'est la façon dont il décrit ses pipes, aussi bien comme créations artistiques que mécaniques. Il explique que ces deux aspects, si différents, sont aussi importants. C'est grâce à lui que j'ai critiqué et appliqué ces principes à mon propre travail. Avant, le côté technique prenait le pas, j'y pensais bien avant le côté artistique. Maintenant je juge mes pipes en termes de composants artistiques, comme la forme, la couleur, l'équilibre, la texture, etc. ...

Franchement, je parle souvent de votre travail, novateur, ainsi que de celui de deux autres pipiers qui représentent également la qualité pour moi. D'abord Rolando Negoita, dont le travail se tient à un niveau artistique élevé. L'autre est Trever Talbert, le créateur de pipe qui s'est installé en france en 2002. Trever présente des qualités exceptionnelles dans plusieurs aspects de son travail, les pipes sculptées de la série Halloween, comme la "Mountain of Madness", les grandes pipes sablées, telle que l'"Oceanic", ou ses autres formes, comme la "Helix". Trever fait également des formes classiques, mais Rolando garde toujours son style. Rolando a gagné le concours lancé par Butz-Choquin et sa forme était un classique habilement modifié dans l'esprit de Negoita. Ces créateurs vous influencent-ils et les connaissez-vous personnellement ?

Je connais Rolando et c'est un homme plein d'humour, ses créations conservent leur intégrité propre.
Le travail de Trever est admirable aussi, et il est intéressant de le voir évoluer.
 

Passons maintenant aux pipiers japonais. Vous connaissez mon article consacré aux blowfish, où je mentionne Hiroyuki Tokutomi et son exceptionnelle conception des blowfish. Il y a bien sur d'autres maîtres, qui travaillent avec soin, et représentent bien l'âme japonaise, comme le maîtres des pipes bambou, Smio Satou, l'architecte Takeo Arita dont la profession se reflète bien dans son concept si particulier, ou Kei'Ichi Gotoh. Quelle est votre réaction devant ces pipes, et vous inspirent-elles ?

C'est plus une question d'esprit que d'âme, à mon avis. C'est clairement l'influence d'une culture sur la création des pipes. Je crois que chaque culture a une langue visuelle, c'est un langage figuratif, et ce qu'on y associe définit cette culture. Pour nous, dans le monde pipier, les différents styles sont comme un répertoire, ou une bibliothèque, des styles existants, c'est à dire les anglais, nord-américains, danois, italiens, français, allemands, les pipes en terre typiques de la Hollande, l'écume autrichienne traditionnelle, chinois, etc. ... Heureusement pour moi, car comme pipier, je peux voir ces pipes et leur permettre de me laisser influencer mon travail. Je me souviens de ce que j'ai pu voir, et c'est en moi quand je me mets au travail. En concevant une pipe, ce qui me plaît dans celles des autres prend naturellement sa place dans mon travail.
 

J'essaie de suivre la nouvelle génération de pipiers, dont vous faites partie, parce que c'est cette nouvelle vague, à majorité américaine, qui représente le courant artistique actuel du monde de la pipe. Par conséquent, je voulais vous interroger au sujet de Nanna Ivarsson, que vous avez rencontrée à Chicago, et à propos des autres jeunes pipiers dont vous pensez qu'ils font partie de cette nouvele vague. Qui sont-ils, et qu'avez-vous pensé de leur travail ?

Qui sont-ils ? J'y vois Takeo Arita, Jody Davis, Nanna Ivarsson, Todd Johnson, Michael Lindner et Cornelius Maenz. Je me considère comme faisant partie de ce groupe. Nos créations sont, à mon sens, fortes et individuelles, et nos pipes sont accomplies en termes techniques et en conception. Les pipes présentées par ce groupe sont représentatives du nouveau style des pipes artisanales. Exposer un travail aussi varié est ce qui caractérise le mieux les pipiers les plus novateurs et les plus fins d'aujourd'hui.

C'est toujours un grand plaisir de voir Nanna, parce qu'une femme dans un milieu plutôt masculin vous remet en forme et ses pipes sont belles... ce qui n'est pas surprenant vu son passé familial.
 

Pour clore cette partie de notre interview, consacrée aux autres pipiers et à leur influence possible sur votre travail, pourriez-vous citer d'autres noms qui vous ont aidé ou influencé dans votre carrière ?

José Manuel Lopes, l'auteur de "Pipes", un abrégé des pipiers et de leur travail. Je le connais personnellement, et c'est incroyable ce qu'il a fait avec ce livre pour toute la communauté pipière. Il a réuni le monde de la pipe en compilant un guide de référence aussi complet. il a travaillé d'arrache-pied pour réunir et classer autant d'informations, n'a oublié personne, et a offert ce travail aux fumeurs de pipes.

www.cachimboclube.pt/livro/book.htm

John Toll, Bill Unger et la North American Society of Pipe Collectors (NASPC) : leur bulletin est amusant, provocateur, et maintient une traidition saine de la culture pipière. Je suis fier de réaliser leur pipe de l'année 2006.

www.naspc.org/2005_parks_pipe.html

Le Burlington Pipe Club, qui est un petit groupe de fumeurs de tous horizons. C'est le premier club auquel j'ai adhéré, j'y ai trouvé une ambiance amicale.

Mes revendeurs :

Premal Chheda of Smoker’s Haven, Columbus, Ohio, USA.
www.smokershaven.com/index.asp?PageAction=VIEWCATS&Category=596

Cedric Diggory of Liberty Tobacco , San Diego, California, USA.
www.libertytobacco.com 
 

Maxim Engel of Pipes 2 Smoke, Toronto, Ontario, Canada.
www.pipes2smoke.com/Michael_Parks.htm

Reiji Hachiro of Pipedo, Nishinomiya City, Hyogo, Japan.
www.pipedo.com/pipes/parks_e.html

Safaryan Samvel and Magda of Galereja Gradusov, Moscow, Russia.
www.cru.ru

Cam Schutte of Pipe Show Online, Kansas City , Missouri, USA.
www.pipeshowonline.com/ParksPipes.aspx

Ernie Quintiliani of Watch City Cigar, Framingham, Massachusetts, USA.
www.watchcitycigar.com


à suivre...