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Igino Moretti, qui
a fondé l'atelier Pipe Moretti en 1968, doit être un homme heureux. Quand sa
fille a épousé Marco Biagini, non seulement il a accueilli dans sa famille
un gendre particulièrement gentil, il a également trouvé un successeur dont
il peut être fier. Grâce à Marco, le magasin de pipes dans la Vicolo dell'
Olmo n'est plus simplement une attraction touristique située en face de la
maison natale du plus célèbre citoyen de Recanati, le poète Giacomo
Leopardi. Aujourd'hui les pipes Moretti sont appréciées et respectées aux
quatre coins du monde.
Quand des fumeurs de pipe se
réunissent, certains sujets de conversation sont classiques : quels pipiers
présentent le meilleur rapport qualité/prix ? Quelles marques ne déçoivent
jamais au niveau du fumage et de la saveur ? Il est frappant que lorsque ces
sujets sont abordés, tôt ou tard le nom de Marco Biagini sera mentionné. Et
à juste titre. Parce que c'est un fait incontestable : les pipes Moretti
sont d'excellents outils de fumage et leur prix est plus qu'honnête.
Le secret du succès de Marco ? Et
bien, c'est simple : de la bruyère bien sèche d'une bonne origine et un
pipier adroit qui fait son métier avec passion. C'est tout.
Pour qu'une bruyère produise une fumée
douce et agréable, il faut qu'elle soit séchée à fond. Voilà pourquoi tant
de marques et de pipiers annoncent bien haut que leurs plateaux ont séché
pendant deux, trois, voire cinq ans. En moyenne, la bruyère de Moretti a été
stockée pendant dix à quinze ans. Certains plateaux se reposent même pendant
vingt-cinq ans dans l'atelier. Tout est dit.
Regardez les pipes sur le site web de Marco. Peu de sablées ou de
rustiquées. Du straight grain fin et impressionnant ou des œils-de-perdrix
façon Eltang sur les mieux gradées et une flamme plus que respectable sur
les pipes portant un grade plus modeste. Des magnums gigantesques quasiment
sans défauts visibles. En un mot, du bois de qualité. Et jamais, mais alors
jamais, le moindre point de mastic !
Quant aux compétences professionnelles
de Biagini, on peut être bref. Un jour le pipier vedette Cornelius Maenz m'a
fait part de son admiration pour les méthodes de travail efficaces de Marco.
En effet, une Moretti est une véritable fait main traditionnelle, produite
avec un strict minimum d'assistance de machines. Pourtant Marco arrive à
tailler autour de mille pipes par an.
Pour moi personnellement, c'est autre
chose qui fait que Marco sort du lot. Une denrée rare dans un pays avec une
longue tradition dans la fabrication de pipes : Marco écoute attentivement
les commentaires de ses clients, il s'intéresse vivement à tout ce qui se
passe sur la scène internationale, il n'a pas peur de se remettre en
question et d'essayer de nouvelles choses, il a envie d'apprendre. Par
conséquent, les pipes Moretti évoluent et s'améliorent constamment.
Permettez-moi d'illustrer mes propos
avec les innovations dont j'ai été le témoin au cours des années 2003 et
2004. Jadis, Biagini était connu pour ses straight grains dans une finition
naturelle. Aujourd'hui il taille régulièrement des pipes aux
œils-de-perdrix qui sont parmi les plus impressionnantes au monde et il
emploie plusieurs teintures naturelles qui ont été mises au point en
collaboration avec un herboriste. Avant, l'esthétique Moretti était
clairement ancrée dans la tradition italienne. Aujourd'hui Marco produit
également des modèles plus aventureux comme des blowfishes ou des pickaxes
et des formes qui sont visiblement inspirées de l'oeuvre des grands
Scandinaves comme Bo Nordh, Kent Rasmussen et Tom Eltang. Depuis que dans le
microcosme des artisans pipiers et des collectionneurs avertis, il y a un
consensus de plus en plus net autour d'un passage d'air au diamètre plus
large, Marco a commencé à
expérimenter avec des perçages de 4mm. Pour terminer, Marco a décidé de
faire des tuyaux à la main à partir de tubes d'ébonite et de cumberland
d'origine allemande, pour ses pipes haut de gamme. Pour le faire en
connaissance de cause, il a étudié les tuyaux de quelques-uns des tout
meilleurs spécialistes au monde qui arrivent à produire des becs ultra-fins
et cependant bien ouverts. Quand Marco a terminé son premier essai, il m'a
envoyé un gros plan de la jauge coulissante qui mesurait l'épaisseur du bec
: 3,67mm !!!
Pour terminer, je voudrais vous
confier un secret. Bien que je possède au moins trois douzaines de pipes
italiennes, en principe je suis plus attiré par l'esthétique de ce qu'on
appelle communément les "high grades" de pipiers scandinaves, allemands,
japonais et américains. Mais franchement, au niveau du plaisir au fumage et
de la saveur, je dois admettre que rares sont les pipes, dans quelle
fourchette de prix que ce soit, qui battent les Moretti. Vraiment.
Vous devriez en essayer une.
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