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[Je ne sais pas à quel point l'article suivant
pourrait être controversé, mais je sais que Ken Campbell n'a ménagé ni
sont temps ni sa peine à ce sujet, et je suis heureux de le publier.
Naturellement, il serait très intéressant que nos nombreux membres
pipiers nous transmettent leurs réflexions à ce sujet. Nous encourageons
leurs réponses, aussi bien que des celles des fumeurs de pipe
expérimentés. --Ed]
Depuis mes jours de lycée, j'ai plus ou moins fumé la pipe jusqu'en
1986, quand je m'y suis mis à plein temps. J'ai toujours eu du plaisir à
fumer la pipe, en dépit d'un certain nombre de problèmes que je
rencontrais. Les deux plus fréquents consistaient à parvenir à fumer
plus d'allumettes que de tabac, et des accès occasionnels de brûlures à
la langue. Nombreux étaient les remèdes que d'autres hommes m'ont
offerts : bourrer la pipe plus soigneusement, fumer plus lentement, ne
pas laisser la pipe devenir trop chaude, etc. Toutes ces suggestions
étaient toutes utiles, mais n'ont jamais résolu les problèmes basiques à
propos de la façon de garder une pipe allumée, et de la façon d'éviter
que différents degrés d'inconfort n'affligent ma langue.
Mon premier indice est venu d'un article que j'ai lu dans Pipes &
Tobacco, dans le numéro d'hiver/1996/97, au début de 1997. L'article
était intitulé "Nature's Designs" par Dayton H. Matlick, et traitait de
Lars Ivarsson, de sa fabrication de pipes et d'une partie de sa
philosophie et de sa connaissance au sujet de la fumée. Je cite M.
Matlick et Ivarsson de cet article : "Un flux d'air sans restriction
tout le long du canal est essentiel pour une pipe facile à fumer…." Une
fois que vous sélectionnez la forme et la taille de la pipe que vous
aimez, testez le flux d'air, " dit Lars Ivarsson. "Tirez à travers la
pipe vide avec la force habituelle pour fumer. Il ne devrait y avoir
aucun bruit ou, tout au plus, un bruit profond et creux."
Ceci signifie que le flux d'air n'est pas restreint, un élément
essentiel d'une pipe qui fume bien. Si vous avez n'importe quels bruits
de sifflements,… indiquant une limitation du flux d'air, vous aurez
probablement de la peine à la garder allumée, et elle fumera
probablement humide. Selon Lars, "vous obtenez une turbulence dans le
courant d'air quand vous excédez une certaine vitesse. Le bruit de cette
turbulence indique que la fumée va se séparer. La fumée, c'est
réellement des microgouttes d'air chaud contenant de l'eau et de
l'arôme. Quand l'air passe rapidement par un passage restreint, la
turbulence déplace les particules lourdes, y compris l'humidité, en
périphérie, comme on sépare la crème du lait. Ceci peut être provoqué
par un diamètre trop petit, ou des angles aigus dans le passage de
fumée, ce qui est une question extrêmement importante….La physique du
perçage de votre pipe aura certainement un impact sur le goût de la pipe
et votre plaisir à la fumer. Pour toutes ses pipes, Lars emploie des
quatre millimètres, d'une extrémité de la pipe à l'autre. Ceci peut
changer selon les pipiers, mais un vrai test en montrera la véracité."
La partie de l'article que je viens de citer a titillé mon attention et
mon intérêt, en particulier en ce qui concerne le fait de maintenir la
pipe allumée pendant de plus longues périodes, aussi bien que le goût du
tabac et le plaisir de fumer. J'ai noté que certaines de mes pipes
avaient tendance à rester allumées plus longtemps que d'autres, en
particulier une partie de mes Dunhill ODAs et LBs, qui remontent au
début des années 60. Malheureusement, ces pipes ne constituaient qu'une
très petite partie de ma collection. J'ai noté que les trous d'air dans
la bruyère étaient légèrement plus grands dans des ces pipes que dans la
plupart de mes autres; mais je n'avais aucune moyen de mesurer le flux
d'air par les tiges. J'ai également noté que ces Dunhills, non seulement
restaient allumées plus longtemps mais, quand je les fumais à la file,
produisaient sensiblement moins de brûlure de langue. Le goût du tabac
semblait plus prononcé, et je l'appréciait davantage.
J'ai attribué ces observations aux affirmations avancées par Dunhill
pendant des années, selon lesquelles leurs pipes aient été faites dans
les meilleurs bruyères, qui avait été vieillies pendant beaucoup
d'années et équipées des meilleures tuyaux en ébonite. Ainsi, je n'avais
pas entièrement accepté la théorie du flux d'air.
Plus tard en 1997, dans son numéro d'automne, Pipes & Tobaccos a publié
un article de Rick Newcombe intitulé "Easy Draw" (l'aspiration
facile) . Dans cet article, P&T énonçait: "Le problème, avec la plupart
des pipes, est qu'aujourd'hui elles ne sont pas forées correctement pour
une parfaite expérience de fumage. La théorie de Richard Newcombe sur la
géométrie du trou de fumée peut vous aider à modifier votre pipe, d'une
pipe moyenne à une superbe fumeuse. " J'en avais plein les yeux, et j'ai
dévoré l'article.
Rick Newcombe disait: "Si vous faites forer une pipe ainsi que je l'ai
décrit [en ouvrant l'embouchure et le trou de fumée à 4 mm], vous serez
stupéfaits de la façon dont elle fumera facilement, et comme il sera
facile de la garder allumée. Il n'y a aucun meilleur sentiment que de
pouvoir apprécier une pipe, de la poser pendant une minute ou deux, et
puis de la reprendre et de tirer doucement dessus, alors que le tabac
est toujours en combustion."
Rick continuait en disant qu'il avait interrogé Jess Chonovitsch et Lars
Ivarsson, deux des pipiers qu'il considère comme les meilleurs au monde,
pour savoir pourquoi ils n'ouvraient pas les pipes qu'ils vendent comme
il les aime et, comme cela est avéré, comme ils le font pour eux-mêmes.
L'explication donnée était que creuser l'ébonite l'affaiblit au point
que les fumeurs négligents ou inexpérimentés peuvent courir le risque de
percer le peu de matière qui reste, et attribuer ceci à une qualité
inférieure. S'opposent-ils à ce que l'acheteur fasse ouvrir sa pipe par
un homme expérimenté en la matière? Pas le moins du monde, puisqu'ils le
font eux-mêmes pour leurs propres pipes.
Plus loin dans l'article, Rick parle de Jim Benjamin, qui a été son
mentor au sujet des pipes et du tabac. Jim avait ouvert ses propres
pipes pendant 50 ans, ayant adopté cette pratique déjà vers la fin des
années 40. Il affirme que la pipe ouverte produit une fumée plus
fraîche. Le flux d'air sans restriction empêche la brûlure de la langue,
dont il dit qu'elle est provoquée par le "tirage répété sur une pipe
avec une aspiration insatisfaisante, tout comme aspirer de la mélasse à
travers une paille."
Lorsque cet article a été écrit, Rick et Jim utilisaient des perçages de
3,8 et de 4 mm, selon la taille de la pipe. Depuis lors, ils ont
expérimenté des trous encore plus larges et semblent maintenant
favoriser un diamètre jusqu'à 4,75 mm, selon la taille et la forme de la
pipe. Toutefois, 4 mm est encore considéré comme un minimum.
Intrigué, j'ai contacté Jim Benjamin pour discuter plus à fond à propos
du flux d'air. Depuis lors, j'ai parlé de manière approfondie avec Rick
et Jim, que, en dépit de ma longue expérience, je considère comme mes
mentors en tabagisme et des amis spéciaux. Les premières pipes que j'ai
envoyées à Jim pour les ouvrir étaient les Dunhills dont j'ai parlé plus
haut. Mais quand je les ai récupérées et que je les ai fumées, la
comparaison était impressionnante. J'ai appelé Jim et lui ai demandé ce
qu'il avait fait pour améliorer ces déjà très bonnes pipes de manière si
nette. Il a dit qu'il avait ouvert les embouchures des tuyaux autant que
la tige pour maintenir le flux d'air parfaitement identique dans tout le
perçage. Cela a fait un monde de différence. Rappelez-vous que j'avais
identifié que le trou d'air dans ces excellentes pipes était plus large
que la normale, mais le trou d'air dans le tuyau encore était légèrement
limité. Plus important encore, ce que Jim avait fait était d'élargir le
trou d'air dans toute la pipe, créant une aspiration complètement
régulière et sans restriction.
Depuis que Jim a ouvert toutes mes pipes, je n'ai jamais autant apprécié
de fumer la pipe. Mon problème de brûlure de langue a disparu. Mes pipes
sont restées allumées pendant des périodes beaucoup plus longues,
produisant une tête plus fraîche, juste chaude au contact, et de ce fait
une fumée plus fraîche et plus savoureuse.
Faire ouvrir correctement vos pipes, cependant, n'est pas en soi la
panacée pour obtenir le plus grand plaisir de fumer. Naturellement, vous
devez maintenir vos pipes aussi propres que possible, non seulement du
point de vue du goût mais, également de manière primordiale, pour
maintenir l'entier du perçage exempt d'obstructions et de
rétrécissements dus aux dépôts de goudron. Bourrer la pipe soigneusement
pour assurer une aspiration sans heurt et facile, et la fumer lentement
pour lui éviter de surchauffer sont également des conditions requises
pour une excellente fumée. En outre, allumer votre pipe soigneusement et
de façon égale, et une utilisation judicieuse de votre bourre-pipe sont
également très importants. Mais ne faites aucune erreur à ce sujet : un
flux absolument régulier de suffisamment d'oxygène par l'entier du
perçage est à la base d'une très bonne pipe. Avec une aspiration facile
à travers tout le trou d'air bien ouvert, la pipe peut être fumée plus
fraîchement et avec moins d'effort, parce qu'elle restera allumée sans
besoin de tirer trop fort.
Comme le dit le vieux dicton: "La preuve du pudding est dans le goût."
Si vous ne me croyez pas, essayez.
Une chose étonnante est la chaude polémique qui semble tourner autour du
sujet du flux d'air, comme de fumer dans une chambre avec trop de
fenêtres ouvertes. Il est difficile de faire des ronds de fumée parfaits
dans une telle ambiance, et il est aussi difficile de sonder les vraies
objections qui sont avancées contre des modifications du flux d'air.
Regardons les principaux arguments des opposants au trou d'air libéré. À
la fin de l'article de Rick Newcombe, Chuck Stanion, le rédacteur de
P&T, a noté certains d'entre eux. D'abord, Ed Burak indique que la
théorie est trop simple. Selon mon expérience, sans équivoque, la
théorie fonctionne.
Maintenant, Chuck en vient à un opposant plus sérieux, Jim Cooke. J'ai
moi-même parlé à Jim. Il maintient que le trou d'air plus grand fait
brûler la pipe plus chaud – si chaud qu'en fait elle va griller. Je lui
ai demandé de la documentation sur ce point, et il a dit que sa propre
expérience était tout ce qu'il pouvait avancer. Il m'a donné un exemple.
Apparemment, un client est venu chez lui avec un certain nombre de
vieilles Barlings qu'il avait achetées, dont les mortaises avaient été
ouvertes, mais dont les embouchures n'avait pas été retravaillées. Il a
demandé à Jim ce qu'il pourrait faire pour remettre ses pipes dans leur
état d'origine, parce qu'elles fumaient très humide et très mal. Jim dit
que rien ne pouvait être fait. Le trou dans le perçage ne pouvait pas
être réduit.
J'ai mentionné qu'une des clefs du succès du processus était de limer
l'intérieur de l'embouchure à la bonne taille, de sorte que chaque cm,
du fourneau à la lèvre, contienne le même volume, empêchant ainsi la
déformation du flux d'air. Jim a admis que c'était correct. Mais il a
alors objecté que la pipe fumerait trop chaud et grillerait.
Jim faisait alors une pipe pour moi, et je lui ai demandé de forer le
trou d'air à 4 mm. Il a refusé, disant qu'il ne mettrait pas son nom sur
une pipe forée aussi large. J'ai riposté avec le fait qu'il utilise
normalement un trou d'air de seulement 4/10 mm plus étroit. Il a dit que
ça faisait une grande différence.
Ma réponse est que Jim Benjamin a ouvert ses propres pipes pendant 50
années, et que, jusqu'ici, aucune n'a grillé ! Je m'y suis mis depuis
déjà cinq ans, trop peu de temps pour dire vraiment, mais jusqu'ici, je
n'ai pas eu un seul grillage. Actuellement, j'ai percé à 4,75 mm le trou
d'air de la pipe que Jim Cooke avait faite pour moi. Il ne la
reconnaîtrait pas, car j'ai fait un certain nombre de modifications à
ses aspect et capacité. Mais s'il la fumait en aveugle, je garantis
qu'il la proclamerait comme une des meilleures pipes qu'il aurait jamais
essayées.
J'ai également parlé à Bill Taylor au sujet du flux d'air. Il n'en était
pas particulièrement partisan, d'une manière ou d'une autre. Il dit
qu'il emploie 4 mm comme norme, pour ses pipes Ashton.
Un autre, Richard Esserman, a exprimé des objections ä la pratique du
perçage ouvert. Ce qu'il dit est en effet des plus didactiques. Il
prétend que si n'importe qui pense qu'il pourrait modifier une pipe
qu'il est sur le point d'acheter, il ne devrait pas l'acheter. Ceci
pourrait être la position d'un collecteur de beaux objets d'art.
Naturellement, on n'essayerait jamais de changer ou "d'améliorer" une
caractéristique d'un des sujets de Rembrandt. Je peux même voir la
possibilité d'invoquer ce principe si on possédait une célèbre pièce de
musée en écume sculptée. Mais à propos d'une pipe surdimensionnée ? ? ?
Bien, à chacun ses idées.
Je voudrais préciser que la quantité de travail impliquée dans
"l'ouverture" d'une pipe en bruyère est substantielle. L'ouverture de la
tige sur une pipe droite n'est pas un problème et pourrait prendre une
minute ou deux. Mais le travail à faire sur l'embouchure d'ébonite, pour
assurer un trou d'air constant partout, ça prend beaucoup plus de temps.
À mon avis, c'est la partie la plus critique et la plus importante du
processus. Généralement, il ne me faut pas loin de deux heures.
Cependant, je ne conseillerais pas à n'importe qui avec peu ou pas
d'expérience du travail du bois d'essayer de faire le travail lui-même.
Souvent, une glissade entre la cuvette et l'embouchure, et un mauvais
dérapage ont pu ruiner irréparablement une excellente pipe. Pour cette
raison, je vous recommanderais vivement d'envoyer la pipe que vous
voulez ouvrir à Jim Benjamin, 12199 Avenida Consentido San Diego, CA
92128-3248 ; 858-674-4900.
Jim a non seulement une grande experience dans l'ouverture des pipes,
mais les pipes qu'il renvoie semblent et fument comme des neuves, tout
ceci pour juste 15 US$, plus les frais d'expédition. Elles vous
rappelleront des souvenirs de la façon dont la pipe goûtait après son
culottage et à quoi elle ressemblait quand vous l'avez choisie. Il a
également développé un procédé secret pour reconstituer l'aspect
brillant, propre et original du tuyau en ébonite. Un tuyau jauni ou
autrement souillé produit un goût amer et de sale, et le tuyau restauré
par Jim n'a rien de tout cela. Ce qui est bien plus remarquable, c'est
que l'embouchure reste en son état primitif avec le temps. Les pipes que
j'ai envoyées à Jim il y a plusieurs années ont complètement résisté au
processus normal d'oxydation.
Dans un article récent dans le Pipe Smoker's Ephemeris, le Dr. Mark
Beale mentionne qu'il est en train de changer le tuyau en ébonite
original d'une pipe de S.Bang pour un tuyau en acrylique! Rick Newcombe
me dit que S. Bang emploie l'ébonite de la meilleure qualité au monde,
très douce au contact, et qui produit un sentiment merveilleux en la
fumant. Je recommanderais chaleureusement au Dr. Beale d'envoyer la pipe
et le tuyau original à Jim Benjamin avant qu'il ne change radicalement
la qualité de fumage de sa pipe. Certainement, il ne peut rien perdre à
l'essayer, et si le tuyau se réoxyde, il pourra toujours suivre la piste
de la lucite. Mais je sais qu'il ne s'oxydera pas et qu'il sera bien
plus heureux avec le tuyau une fois que Jim l'aura traité.
En conclusion, le maître-pipier Lars Ivarsson utilise un canal de 4
millimètres, d'une extrémité de la pipe à l'autre. Le flux d'air doit
être constant dans tout le canal.
Une fois que vous aurez eu une de vos pipes correctement ouverte,
correctement bourrée et allumée, vous vous rendrez compte que tous vos
efforts étaient un prix sans importance à payer pour un des plus grandes
fumées que vous ayez jamais eues. Essayez ceci avec une de vos mauvaises
pipes. Le résultat fera de vous un convaincu!
Je pense que Rick Newcombe résume tout cela en un constat remarquable
qu'il m'a fait récemment: " Je fumerais plutôt une pipe anonyme qui a
été ouverte qu'une S. Bang qui ne l'a pas été. Mais naturellement, mon
premier choix serait une pipe de S. Bang ouverte de la manière que
j'aime. "
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