Jean Nicolas

On peut véritablement parler de dynastie Jean Nicolas, puisque l'histoire commence en 1885, sous les arcades de l'Opéra de Lyon. Une annexe doit être ouverte, le succès aidant, le magasin comptera jusqu'à douze employés. Son fils, qui a commencé à travailler à quatorze ans, va ouvrir un nouveau magasin rue Victor Hugo. Et son petit-fils, qui lui débutera à dix-sept ans, en 1950. C'est en 1976 qu'il reprend le magasin le Sultan, puisque Jean le quatrième est prêt. En 1981, les magasins sous les arcades sont fermés, la maison Nicolas est désormais sise au 5, rue Gasparin.

L'actuel propriétaire a commencé, donc, en 1976, en apprenant sur le tas, et en faisant quelques stages à Saint-Claude. Il a fabriqué sa première pipe à quinze ans, s'en souvient encore comme d'une catastrophe. C'est avec l'aide de son père qu'il se met à la tâche, celui-ci n'avait pas "la fibre", il a fallu retrouver l'usage des outils du grand-père.

Ses pipiers préférés restent Alain Albuisson, Pierre Morel, et les pipiers travaillant pour la maison Larsen. Il préfère les mélanges de type Semois Tête d'or de Vincent Manil, le Saint-Claude, le gris ou le Prince Albert, qu'il fume dans ses formées préférées, des néogènes, de la maison Sommer, ou dans des Stanwell, Jensen, Morel, des... Nicolas, sans oublier les pipiers italiens qu'il apprécie, malgré le tuyau acrylique. Jamais d'aromatiques, parfois un petit cigare... et pour les tabacs blonds, il aime en bourrer le fond d'une pipe, et le recouvrir de brun.

Pour la bruyère, le stock maison suffit : achetée du temps de son grand-père, ou en 1976, quand il relance la fabrication de pipes. La bruyère a séché, au minimum !, vingt ans. Il propose des modèles lisses, qui ont sa préférence, simplement passés à la carnauba, et si possible sans mastic, mais aussi des modèles rustiqués ou sablés, le sablage étant fait à Saint-Claude.

La fabrication proprement dite n'étant pas la base de son commerce, il n'en propose que deux ou trois douzaines par an, uniquement dans son magasin.

En effet, la création de pipes passe après les réparations, les restaurations, et le service après-vente Dunhill : pour la première fois, la célèbre maison a élu un pipier étranger représentant officiel, en 1993, deux ans après son élection au titre de Meilleur Ouvrier de France dans la section Pipier.

Pour ses tuyaux, il utilise de l'ébonite italienne pour ses pipes, allemande pour les Dunhill. Il perce habituellement ses pipes à 3,5mm. ou plus, à la demande. Il utilise aussi la corne, le bambou ou l'ivoire, mais jamais de préculottage. Ses pipes sont fournies avec un système, qu'il préconise d'enlever, mais qui est toujours réclamé par sa clientèle.

A l'instar de Baldo Baldi et de Soren Andersen, il s'est amusé lui aussi à proposer une pipe "anti anti-tabac".

Outre les bruyères, Jean Nicolas propose des pipes en écume, qu'il réalise, comme le veut la loi turque, à partir d'ébauchons pré-percés. Ebauchons qu'il va retravailler de A à Z, et va pour finir passer au blanc de baleine. Il sont, avec Philippe Bargiel, les deux derniers artisans à employer cette technique. Il proposait également des écumes teintées en rouge, procédé dont il garde soigneusement le secret... "J’ai trouvé cette recette dans les cartons de mon arrière-grand-père. Il tenait à l’époque un petit atelier sous les arcades de l’Opéra. C’était en 1885 et les pipes étaient cuites au four à bois. J’ai dû ensuite transposer les données, intensité et durée de cuisson, afin de les adapter au four électrique". Hélas, il ne lui est plus possible d'en fabriquer, faute des composants nécessaires.