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L’intérieur du foyer est vierge et a été poli, ce qui n’empêche pas que
dans le fond on voie clairement des traces d’outils. Un détail, je
l’admets. Le poids et l’équilibre de la pipe sont OK, sans plus : pour
son volume, c’est une pipe ni particulièrement lourde, ni
particulièrement légère. Le tuyau a l’air bien exécuté : il paraît moins
épais que ce qu’on voit d’habitude sur une pipe française. Cette
impression se confirme quand je le mets en bouche : la lentille a une
forme agréable et efficace et le bec est confortable, mais sans
atteindre le niveau d’un bec de Barbi ou de Maenz.
Intérieur / Exécution technique
Avant de démonter la pipe, je procède au test de la chenillette : ça
passe de la lentille au foyer sans problème. C’est ma toute première
française courbe qui passe le test. Hourra ! Ceci dit, en entrant la
chenillette par la lentille, je sens que l’ouverture est très étroite.
Je démonte donc la pipe et je regarde à l’intérieur du tuyau.
L’ouverture dans la lentille est rectangulaire et vraiment trop étroite
à mon goût. En plus, derrière on voit l’arrivée du passage d’air : un
simple trou d’un diamètre de 1,5mm. Ca ne peut jamais marcher. Je
remonte donc le tuyau et j’aspire. Ca se confirme : cette pipe ne tire
absolument pas comme il faut. Je serai donc obligé de tirer dessus comme
un forcené, ce qui fera monter la température et ce qui causera
probablement de la condensation. En plus le tabac ne pourra pas
développer convenablement sa saveur. Manifestement les pipiers
sanclaudiens continuent à refuser d’admettre ce qui est pourtant une
évidence : un passage d’air bien ouvert fume beaucoup mieux.
Le floc n’est pas conique et présente une ouverture d’un diamètre de
3,5mm. Je mesure sa longueur, puis je compare avec celle de la
mortaise : il y a un hiatus de 3mm, source potentielle de condensation.
En regardant dans la mortaise, je trouve dans le fond un trou énorme
avec un diamètre de 5,5mm ! Donc on passe de 5,5mm dans le fond de la
mortaise à 3,5mm dans le floc ! Pourquoi ces 5,5 mm ? Aucune idée. En
tout cas, je constate également que ce sacré trou n’est pas percé au
milieu, ni d’ailleurs le passage d’air de 3,5mm qui va du fond de la
mortaise au foyer. Ce passage d’air débouche bien au milieu du foyer,
mais visiblement trop haut. Je pourrai donc oublier de fumer mon tabac
jusqu’aux dernières miettes.
Bref, l’exécution technique est très décevante. Telle que cette pipe
m’est parvenue, il est tout simplement exclu qu’elle fume bien. Pour
cela l’air ne circule pas assez librement. Etonnant pour une pipe de
plus de $500.
Fumage
Je sais déjà que je serai forcé de sortir mes vrilles et mes limes, mais
je décide de tester d’abord la pipe dans l’état où elle m’a été livrée.
Sait-on jamais, n’est-ce pas. Je la bourre donc de Blackwoods Flake et
je l’allume. Après quelques minutes, j’abandonne. Je ne me suis pas
trompé : sans modifications, ce truc est infumable.
J’ouvre donc l’ouverture dans la lentille tout en lui donnant une forme
ovale. Je lime également l’intérieur de la lentille en V. Puis je rends
le passage d’air plus large, mais sans préalablement redresser le tuyau.
Je travaille donc avec une petite lime flexible. A la fin, quand
j’aspire, l’air circule mieux, mais ce n’est pas encore optimal. Nouveau
test tout de même. A nouveau avec du Blackwoods Flake âgé de 2 ans. Ca
va mieux, mais ce n’est pas encore tout à fait ce qu’il faut. Je dois
encore tirer trop souvent sur la pipe pour la garder allumée et la
respiration de la pipe ne me convient pas encore. Ce qui me frappe
également, c’est un goût fort amer du début à la fin et qui rend
méconnaissable la saveur de ce grand tabac. Même dans le dernier tiers,
le tabac ne se met pas à chanter et ses sucres demeurent cachés par
cette amertume. Quand je vide la pipe refroidie, je trouve dans le fond
du foyer du tabac qui n’a pas brûlé. C’était à prévoir. Bref, une
expérience très décevante.
Je décide d’ouvrir le floc et de limer un peu plus le passage d’air dans
le tuyau. Maintenant je suis plus satisfait quand j’aspire à travers le
tuyau. Nouvel essai, cette fois-ci avec mon burley préféré, Edgeworth
Sliced. Pas d’amélioration et à nouveau cette amertume. Toujours
décevant. Ca doit être la tête. J’aspire donc à travers la tige et je
juge que le passage d’air n’est pas assez large. Je refais donc le
perçage avec une vrille de 4mm. Je commence à me demander si le pipier
qui a taillé cette pipe, serait prêt à partager avec moi son salaire. Ce
serait la moindre des choses, je trouve que je l’ai bien mérité. Soit.
Troisième essai, maintenant avec du semois. Enorme différence. La pipe
se fume facilement, respire naturellement et ne demande pas d’effort :
elle reste allumée sans qu’on doive sans cesse tirer dessus. Le goût se
développe mieux, l’amertume est en train de disparaître. Il y a de
l’espoir.
Quatrième fumage, toujours au semois. Ca y est, la pipe est domptée,
elle se rend. Fumage facile et agréable. Je retrouve le goût de semois
Windels que j’aime tant. Veni, vidi, vici.
Conclusion
Il s’agit d’une pipe qui se vend au-delà de $500. Avec cette somme-là on
peut facilement s’offrir deux pipes de Roland Schwarz ou de Marco
Biagini par exemple. Ou une petite collection de Ligne Bretagne. Ou on
peut s’offrir une pipe d’un maître danois ou allemand. Ou une vraie
Talbert. On a l’embarras du choix. Pour dépenser $500 à une pipe dont la
finition est inacceptable dans cette fourchette de prix, dont la bruyère
n’est pas particulièrement belle et dont l’exécution technique est tout
simplement scandaleuse, il faut être un malade mental. Ou un fan
inconditionnel de la pipe nationale. Ou quelqu’un qui aime le bricolage.
Mais dans ce cas-là, je recommanderais d’acheter plutôt un kit. Mark
Tinsky en vend pour $23.
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