|
|
|
par Guillaume Laffly |
|
photos de Kalabash et Didier Tubiana |
|
14/03/09 |
|
|
Quel parisien n'a pas fait ses premiers achats de pipe au Caïd, sur le boulevard Saint-Michel ? Quel touriste n'a pas profité d'un déplacement pour se rendre dans cette boutique, reconnaissable entre toutes ? Qui n'a longuement hésité devant les vitrines ? J'avais moi-même été surpris par une connaissance, bloquée dans sa voiture, qui avait pu tout à loisir observer mon manège. Osons le mot, tout y était, le décor était planté : à l'intérieur, les étagères en bois, les fines pinces argentées présentant les pipes, les briquets, les chenillettes, le panneau "Fabrication d'une pipe chez Chacom", etc. ... On ne se rendait pas dans ce magasin par hasard, et quand madame Schmitt, qui tenait les lieux, avait annoncé la fermeture et le déménagement du magasin, les afficionados craignaient le pire. Peu après, je m'étais rendu rue de la Sorbonne,
à petits pas. Les jeunes vendeuses présentes m'avaient annoncé que
la maison Chacom avait racheté le magasin, et que dès lors il n'y
aurait plus que des pipes Chacom. Ce qui était déjà très bien, mais
je regrettais de ne plus voir les Stanwell, Savinelli, ou même des
pipes en morta de Patrice Sébilo. |
|
La jeune fille, que je n'ai plus revu, s'était
trompé. Le même choix était proposé, et Marion Grenard-Lecointre
proposait aussi, quand on faisait montre de curiosité, des Nording.
Mais il a bientôt fallu lui trouver un remplaçant... |
|
|
Il y a de ces hasards qui font bien les choses. Quand, à l'âge de cinq ans, le petit Didier Tubiana accompagne son père au magasin, il ne se doute pas que quelques années plus tard, c'est par le biais d'une amie de sa belle-fille qu'il apprendra que le Caïd recherche quelqu'un pour tenir le magasin, et prendre en charge les réparations. Ancien ébéniste, il se présente, repart avec un ébauchon pré-percé, et revient une semaine plus tard avec ce qui sera sa première pipe. La démonstration est faite, et Didier part à Saint-Claude. C'est Pierre Morel qui le prend en main. Le courant passe de suite entre deux personnes pour qui "ça ira bien comme ça" ne fait pas partie du vocabulaire. Lorsqu' Yves Grenard, directeur de la maison Chacom, lui dit qu'il serait bien qu'il arrive à faire des perçages courbes, Didier se prend au jeu. Le système est connu, reste pour lui à trouver le câble qui pourra être utilisé. Les bricoleurs nés ont ceci d'intéressant qu'ils trouvent toujours la solution. La pipe courbe est exposée dans le magasin, à côté d'une copie d'une pipe de Takeo Arita, et d'une superbe Fleur signée Pierre Morel. Didier n'a pas beaucoup de temps pour tailler ses propres pipes, entre la comptabilité, l'accueil des clients, et les réparations. Il recherche donc des modèles qui l'amusent, qui l'intéressent, qui lui ont tapé dans l'œil - et qui si possibles ne sont pas simples à faire. On ne peut que
regretter qu'il n'ait pas plus de loisirs. |
![]() |
![]() |
![]() |
| la première et son bourre-pipe | la troisième | la courbe |
![]() |
![]() |
![]() |
| perçage droit |
la Takeo Arita |
en magasin |
|
les étapes de création de la courbe |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
|
|
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Sur la première photo, Didier s'en bourre une pendant que Thierry Melan, habitué des lieux, a déjà commencé. Au Caïd, on peut fumer. (bien sur, cette information est secrète, ça reste entre nous) |
|||
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
|
|
| Réparation d'une pipe |
|
Je ne crois pas que Didier puisse être pris au dépourvu, quelle que soit la demande. Ceux qui savent qu'offrir une pipe est une entreprise hasardeuse pourront trouver de quoi faire des heureux, jusqu'au "magnets-pipes". Laurent, qui signe les photos, est d'ailleurs parti avec une calabash qu'il pourra mettre sur son frigo. Et ceux qui veulent
s'offrir leur première pipe, ou une autre pipe, peuvent toujours
entrer dans ce magasin, j'allais dire les yeux fermés, mais ce
serait vraiment dommage ! |
|
|
|
|