Je me demande pourquoi tant de présentations de tabacs sur les sites web des commerçants manquent de clarté et de logique. Tenez, le descriptif du Tullagreme House 21 affirme que ce mélange peut plaire à la fois aux fumeurs de tabacs naturels et aux amateurs d’aros légers, mais ne mentionne aucun additif. Et on passe à la contradiction pure et simple quand on lit : Type : naturel ; Flavouring : 2 sur une échelle de 1 à 5. C’est donc un mélange naturel aromatisé. Comprenne qui pourra.
Il s’agit d’un flake composé de virginia et de burley qui, aux dires de Falkum, dégage des odeurs de foin, de noisettes et de chocolat noir. Or, à peine le couvercle enlevé, une odeur de bonbons aux fruits pénètre mes narines. C’est surtout une odeur de framboise artificielle qui me frappe. Un mélange naturel ? Mon œil. En humant plus longuement, je perçois l’odeur de foin et de pain du virginia, mais le chocolat noir et les noisettes du burley m’échappent complètement. Quelques jours plus tard, l’oxygénation a complètement transformé le nez : plus de bonbons aux fruits, mais des odeurs de pain et de foin avec, bizarrement, une note mentholée.
Malgré le sauçage les flakes ne sont pas fort collants. Je peux donc les transformer aisément en brins bourrables. Ils se prêtent d’ailleurs sans problèmes au bourrage par flakes entiers, ce qui fait que je teste les deux méthodes sans noter de frappantes différences gustatives.
A l’allumage les bonbons aux fruits reviennent à la charge. Je distingue à nouveau de la framboise mais également du pamplemousse. Cela ne dure que quelques instants. Comme sous un coup de baguette magique les saveurs d’aro fruité s’effacent. Apparaissent alors des saveurs plus naturelles de VA, mais il est tristement évident que ces virginias ne brillent pas par leur classe : leurs saveurs manquent de définition, de précision et de rondeur. Dans plusieurs pipes ils se montrent même assez acerbes et il arrive qu’un arrière-goût de cendre vienne corrompre les saveurs de pain et de foin. Dans les pipes qui s’accordent le mieux avec le mélange, les goûts indistincts ne suscitent aucun enthousiasme. Ça se laisse fumer, c’est tout. Dans les autres, le tabac se montre carrément désagréable. Et le burley dans tout ça ? Il m’est arrivé très rarement de deviner plutôt que de goûter une vague note chocolatée. Bref, il est pour ainsi dire absent.
Le fait que le goût d’aro a si rapidement disparu d’une part et d’autre part que les odeurs caricaturalement fruitées se sont évaporées quelques jours après l’ouverture de la boîte indiquent que le mélange a été traité avec un topping superficiel et non pas avec un casing qui a imprégné le tabac. Avec ce procédé le blender a tenté, comme indiqué dans le descriptif, de plaire à la fois aux consommateurs d’aros et à ceux qui préfèrent des goûts plus naturels. Selon moi, il a ainsi fini par décevoir tout le monde. En plus il a clairement frustré une catégorie de clients, notamment les amateurs de mélanges VA/burley comme moi. Or, ce sont justement eux qui risquent de se faire embobiner en se fiant au descriptif. Où est le burley, pardi ?
A l’instar de l’Orlik Golden Sliced, le flake se présente sous forme d’un long rouleau aux teintes allant du fauve au châtain. Serait-ce l’un de ces clones du célèbre flake danois que le STG livre à toute une série de commerces allemands ? Il suffit de humer les effluves dégagés par la boîte pour écarter cette hypothèse : pas d’arômes d’agrumes ni de musc, mais de classiques odeurs de boulangerie typiques de bon nombre de virginias non adultérés.
Bien que les flakes aient été conservés pendant trois mois dans une presse, ils ne sont pas compacts, ce qui permet d’en dégager aisément les brins. Ils sont légèrement humides mais pas au point d’empêcher un allumage facile.
D’emblée le Virginia Flake nous livre son âme. Une âme de manant sans aucune ambition de noblesse. Pour cela il lui manque de la complexité et de la personnalité. Certes, on reconnaît un fond discrètement sucré, un épicé piquant mais sans excès et des saveurs de pain, mais ces saveurs s’expriment de façon confuse. C’est donc un mélange prosaïque qui n’est clairement pas fait avec des virginias haut de gamme, mais qui arrive tout de même à éviter les fausses notes et qui, dès lors, n’est pas sans mérites. S’il n’enthousiasme pas, il ne dérange pas non plus. Il se consume sans problèmes, il contient suffisamment de vitamine N, il ne mord nullement et il conserve ses saveurs sans devenir amer.
Bien sûr le marché allemand nous propose des virginias autrement plus excitants, mais si ce n’est pas un VA haut en couleurs mais un tabac facile et modeste que vous cherchez, le Virginia Flake peut faire l’affaire, d’autant plus que ce mélange maison se vend nettement moins cher qu’un tabac de marque.
Voici la version en broken flakes d’une mixture que je vous ai présentée en 2012 : Font-ils un tabac ? n°7. La composition est donc identique : des virginias rouges et blonds et 25% d’authentique perique, ce qui est un pourcentage impressionnant. C’est d’ailleurs ce dernier qui domine le nez et pas qu’un peu ! Comme je l’ai fait pour son frère, je pourrais parler d’odeurs de champignons et de sous-bois, voire évoquer lyriquement les brumes d’un marais boueux à la saison de l’automne, mais cette fois-ci je serai plus terre à terre. Ce nez déroutant pourrait en rebuter plus d’un parce que si odeurs d’automne il y a, ce sont celles de la moisissure, voire de la décomposition. Au premier abord elles m’ont dégoûté, mais plus je m’habituais à ces relents si déconcertants, plus je les trouvais fascinants. Curieux de voir ce que ça donne au fumage.
Pour ainsi dire indécelables au nez, dès l’allumage les virginias rouges déroulent un tapis de douceur agréable tenue en équilibre par une délicate acidité. Contrairement à mes attentes, ils réussissent à brider le perique. Certes, l’herbe louisianaise s’exprime à tout moment, mais pas de voix criarde. Et cette voix est hautement originale : bien que la fumée soit légèrement poivrée et que je décèle dans le fond un vague fruité que je n’arrive pas à définir, ce perique ne verse ni dans l’épicé percutant de l’ancien Three Nuns, ni dans les flatteurs fruits secs de l’Escudo,. Elle ne reprend d’ailleurs pas non plus le thème du nez ou si peu. Le goût automnal est bien là mais il ne met pas en avant la fétidité de la pourriture, mais plutôt l’humus, les champignons et les noisettes.
La combustion est facile, les virginias n’ont aucune tendance à mordre, la vitamine N est bien présente mais sans lourdeur. Que du bon. On pourrait regretter un manque d’évolutivité au cours du fumage, mais l’équilibre entre le VA et le perique et les saveurs envoûtantes sont tels que ce manque, je ne le ressens pas comme une tare. Je remarque cependant une autre forme d’évolution : plus le contenu de la boîte ouverte s’oxygène, plus les odeurs déroutantes s’évaporent pour faire place à des arômes de VA/perique plus classiques. La bouche suit d’ailleurs ce développement : la fumée perd en originalité pour finir par se cantonner dans un registre plus traditionnel dans lequel les notes de terreau humide complémentent le virginia rouge agréablement doux.
Que ce soit clair : avec son taux de perique inhabituel et avec son nez troublant le Bayou Morning Flake est un mélange insolite qui peut faire sourciller et qui divise. Pas étonnant donc que sur Tobaccoreviews les quatre étoiles et les mauvaises notes s’alternent. Personnellement, je suis conquis. De là à dire que j’ose le recommander sans réserves…