Poèmes

trois hommes dans un bateau

À une amie fidèle

Jerome K. Jerome
préface à Pensées oiseuses d’un oisif, 1889


À l'amie très chère
Des bons comme des mauvais jours,
À l'amie
Qui bien que m'ayant, au début de nos relations,
Parfois joué de bien vilains tours,
Est devenue depuis
La plus fidèle de mes camarades,
À l'amie
Après laquelle, bien que méprisée par les femmes de ma famille
Et par mon chien même regardée avec quelque suspicion,
J'aspire davantage chaque jour,
Et qui m'en récompense en me pénétrant chaque jour davantage
Du parfum de son amitié,
À l'amie
Qui ne me reproche jamais mes défauts,
Ne m'emprunte jamais d'argent,
Et ne me parle jamais d'elle-même,
À la compagne de mes loisirs,
Qui sait apaiser mes chagrins
Et être une patiente confidente de mes joies
Et de mes espérances,
À MA PIPE
La plus vieille et la plus culottée,
Avec une affectueuse reconnaissance
Je dédie ce petit volume !



La pipe

René Agnès
Les cent sonnets, 1872
Dédié aux fumeurs, et en particulier à M. Sautton-Parisis, ancien Président du Tribunal de commerce d'Orléans


Pour ne plus travailler, en vain ma plume excipe
De ses labeurs passés, de ses vers trop nombreux.
« Mais tu n'as pas, lui dis-je, encore chanté la pipe ?
« Cet oubli n'est-il point un crime à bien des yeux ?»

Le jeune homme, en fumant, au monde s'émancipe.
La pipe le grandit, le rend tout orgueilleux.
Du bonheur le tabac est pour lui le principe;
Il lui donne ici-bas un avant-goût des cieux.

Lorsqu'il nage au milieu des flocons de fumée,
Il s'enivre, oubliant presque la femme aimée.
Sa pipe la remplace et captive son cœur.

Elle devient pour lui sa plus chère maîtresse;
Sa bouche avec amour l'aspire et la caresse.
Il s'abandonne entier à son charme vainqueur




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