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relaté par Erwin Van Hove et photographié par David Enrique |
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13/08/06
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H.G. Noske, Tom Richard, Paul Becker,
Rainer Barbi, Achim Frank |
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Autant que j’admire les monstres sacrés de la pipe,
de Bang à Barbi et d’Eltang à Tokutomi, je vous avouerai d’emblée que
j’ai un faible pour les jeunes pipiers, ceux qui ont le courage de se
jeter à l’eau, l’obstination de s’efforcer à maîtriser toute une
panoplie de techniques, et la volonté de s’améliorer, d’évoluer et de
développer un style personnel et reconnaissable. Aider, soutenir et
promouvoir ces passionnés est devenu en quelque sorte une vocation. Pendant
au moins deux décennies Karl-Heinz Joura et Kaiser Rainer Barbi avaient
dominé le paysage pipier outre-Rhin. Bien sûr ils n’étaient pas les
premiers artisans allemands à faire des pipes, mais même les plus
respectés comme Otto Pollner ou Günter Kittner n’avaient jamais réussi à
se bâtir une réputation internationale. Quant aux contemporains de Barbi
et Joura, ils n’ont pas laissé d’empreinte durable : Ingo Garbe a émigré
au Danemark, Hasso Baudis a brusquement arrêté sa carrière et Julian
Schäfer (Juls), formé par Barbi, ne produit qu’occasionnellement
quelques pipes. Au cours de la dernière décennie du siècle précédent, le
nombre de pipiers allemands avait sensiblement augmenté, mais si Bertram
Safferling, Max et Oliver Brandt, Peter Klein, Paul Becker ou Werner
Mummert produisaient des pipes respectables et respectées, ils
n’arrivaient pas à détrôner le roi de la pipe allemande. Il a fallu
attendre l’aube du 21e siècle pour découvrir enfin deux nouveaux talents
qui ont réussi en un temps record à jouer dans la cour des grands :
Wolfgang Becker et surtout Cornelius Maenz qui fait désormais et
définitivement partie du top absolu. Manifestement c’est sa carrière
fulgurante qui a suscité bon nombre de nouvelles vocations. Evidemment
cette génération de jeunes turcs n’est pas faite que de surdoués. Mais à
mon avis chacun des six pipiers présentés dans mon article a ce qu’il
faut pour trouver sa voie et sa clientèle dans ce marché
internationalisé. |
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Quelques semaines après la publication de mon article, j’ai reçu un message intrigant en provenance d’Allemagne : "On te prépare une surprise". Rien de plus. Mystère. Puis pendant des semaines, silence radio absolu. Finalement, un jour on m’a dévoilé le secret : on était en train d’organiser une rencontre entre tous les pipiers présentés dans l’article et la fine fleur des collectionneurs allemands. Il fallait juste trouver l’endroit idéal et une date appropriée. Re-silence radio pendant des semaines. Et puis, coup de théâtre : cette réunion est annulée, mais sera remplacée par un véritable pipe show axé sur les pipiers allemands et auquel mes six poulains participeront. Et cet événement sera organisé par une des figures emblématiques de l’univers pipier allemand : Achim Frank, marchand de pipes à renommée internationale et inventeur de la fameuse méthode de bourrage portant son nom. Le German Pipe Makers and Estate show était né ! L’affiche était franchement alléchante, la date bien choisie et la distance à parcourir négligeable. Rheinbach, here we come. David Enrique, aspirant pipier haut de gamme, Georges Wilbers, communément appelé dans le forum sir Georges, et moi avons passé ensemble deux jours inoubliables. Voici le compte-rendu. Samedi 5 août, 9h30. Georges et moi arrivons à la
Stadthalle de Rheinbach. Une demi-heure avant l’ouverture du show déjà
pas mal de voitures sur le parking. C’est bon signe. Le bâtiment est
très spacieux et à travers les énormes vitres nous apercevons déjà de
longues rangées de tables bourrées de pipes. C’est très bon signe ! Dès
que nous franchissons le seuil, Achim Frank nous accueille
chaleureusement. J’ai droit à une accolade et à quelques mots assez
émouvants. Par ailleurs, il n’est absolument pas question de payer le
droit d’entrée. Quant à Georges qui traînait une valise remplie de pipes
estate, il reçoit une table très bien placée en face de l’entrée.
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Achim Frank par Rolf Osterndorff |
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Pendant que Georges déballe
sa marchandise et installe sa table, je me lance sans tarder vers la
table de Paolo Becker parce que je m’étais promis de revenir avec une de
ses fantastiques lovats sablées à longue tige ultrafine, d’une élégance
et d’un raffinement rares, et que seul Paolo sait faire. En m’approchant
de sa table, j’en repère une qui déjà me fait de l’œil. Hop, flux
d’adrénaline. Arrivé à deux pas de l’objet de mon désir, je vois avec
effroi une jeune femme l’enlever de la table, la soupeser, la caresser,
l’examiner. Elle la montre à son petit ami qui, lui, continue à
s’intéresser à d’autres Becker. Il jette un regard distrait sur l’élue
de mon cœur, c’est tout. Pendant que je fais semblant de m’intéresser à
toutes les autres pipes sur la table, je fais de mon mieux pour suivre
la conversation du jeune couple. La spoliatrice ne cesse d’insister.
Elle la trouve si jolie ! Lui, je l’aime bien : c’est à peine s’il fait
attention au babillage de cette malheureuse. Ca va s’arranger. Et
effectivement, la friponne finit enfin par reposer la pipe sur la table.
J’attends une dizaine de secondes, puis, mine de rien, je m’approche de
ma dulcinée. Et hop, la voilà enfin entre mes mains. Ouf. Je vous le
jure : à cet instant exact, l’infâme créature pousse un cri strident en
direction de Paolo : "Je la prends", tout en jetant un paquet de
billets de banque sur la table. Paolo, visiblement, sursaute. Moi, la
pipe toujours dans mes mains, encore plus. Georges, témoin de la scène,
remarque sèchement qu’elle a reposé la pipe sur la table et que c’est
maintenant moi qui la tient. La harpie ignore complètement Georges. Je
n’ai pas particulièrement envie de risquer une scène avec une rustre
combative. Je pose donc la pipe sur la table. La furie se jette dessus
et la tient comme un trophée. Le petit ami, lui, a assisté à toute cette
scène embarrassante sans rien dire. Il a toute ma sympathie. Ca ne doit
pas être facile tous les jours. Le couple enfin parti, Paolo arrive vite à me consoler : il se
rappelle mon nom et il me promet de me faire une autre lovat pareille
avec un sablage encore plus réussi. Parfait. |
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Voilà que je peux me concentrer sur la trentaine de pipes sur sa table. Des modèles d’une rare élégance, des teintures à contrastes profondes et séduisantes, des sablées en filigrane. La classe. La grande classe. Ces dernières années Paolo a réussi à se distinguer de tous les autres pipiers italiens : pas de doute, c’est lui le plus grand esthète. En fait, ses pipes lui ressemblent : Paolo a à la fois quelque chose d’austère et une élégance naturelle et séduisante. Et soudain, je la vois. Elle. Celle qui tout à l’heure m’avait échappé alors que, pourtant, elle avait crié mon nom : une poker d’une finesse ! Un fourneau svelte légèrement incliné avec un ring grain peu profond mais bien défini, une tige fine comme un roseau, un tuyau remarquablement discret. Quand je la prends, sa légèreté est évidente. Je viens de la peser : exactement 20 grammes pour une longueur de 14,5cm et une hauteur de 5cm ! Paolo commence à rayonner : j’ai élu une de ces favorites. Bref : vendu. Malgré l’incident de tout à l’heure, ma journée commence bien ! |
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Passage assez rapide chez Oliver Camphausen. Malgré le fait que depuis un an je lui conseille de tailler des pipes plus petites et malgré ses promesses réitérées de le faire, il ne présente que des pipes fort volumineuses. Du beau bois, ça oui. Mais des engins qui pèsent autour de 100g. Pas ma tasse de thé. Ni de la vaste majorité des clients haut de gamme d’ailleurs. Par conséquent, Oliver a des problèmes à vendre ses pipes. Espérons que ça le fera réfléchir. En tout cas, il me garantit encore une fois qu’il achètera des blocs de bruyère plus petits et qu’il me contactera dès qu’il aura taillé quelques pipes moins encombrantes. |
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C’est le moment de retourner à la table de Georges pour aller voir comment ça se passe. Il a vendu quatre pipes, mais il a compris que la plupart des visiteurs sont descendus à Rheinbach pour acheter les produits des pipiers allemands plutôt que pour acquérir de vieilles anglaises ou des écumes. Ca n’empêche pas que Georges s’amuse bien. D’ailleurs son voisin de table, c’est mon ami Martin Reck que tous ceux qui suivent l’eBay allemand connaissent bien. C’est lui aussi qui fait les photos pour le site web de Frank Axmacher. A côté de Martin se trouve la table de Rolf Osterndorff, l’organisateur du premier pipe show européen à Cuxhaven. Après des salutations enthousiastes, il m’explique qu’il a annulé son show parce que Rheinbach, Cuxhaven et Bologne, c’est trop. Selon lui, la concurrence entre ces trois shows finirait par les tuer tous. A son avis, il faut un seul grand événement pipier en Europe, ce qui garantirait qu’il reste économiquement viable. Il a probablement raison. Ceci dit, je n’avais pas l’impression que c’était au fameux Mondial de la pipe qu’il pensait ! |
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Erwin, Georges & David |
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