|
Quand j’ai ouvert le colis, j’ai été surpris de découvrir la taille de
la boîte de présentation : il s’agit d’un coffret style humidor très
soigné. Etant sceptique, je me méfie toujours de produits qui sont
vendus dans un emballage coûteux et tape-à-l’œil. Inquiétude
injustifiée. Chacune des trois pipes arbore une bruyère naturelle, sans
teinture, sans failles visibles et avec du vrai straight grain sur tout
le pourtour du foyer. Chapeau : beau bois. Ce qui frappe également
d’emblée, c’est la légèreté de ces pipes, alors que les parois ne sont
pas vraiment minces. C’est souvent de bon augure.
Il s’agit de formes passablement classiques et qui
ont une certaine élégance, si ce n’est une élégance certaine. Le montage
de chaque pipe est parfait : aucune lumière ne filtre entre le raccord
tuyau/tige. Je suis également très content de constater que les tuyaux
ne sont pas en acrylique, mais en paracaoutchouc, une sorte d’ébonite
assez dure. D’après ce que j’ai appris, il s’agit d’une exception à la
règle, parce que d’habitude Morel monte les Chacom fait main d’un tuyau
en acrylique. Mais il paraît également qu’à l’époque où ces pipes ont
été faites, Chacom employait parfois la même matière que Dunhill. Je ne
saurais confirmer ou infirmer cette affirmation, mais il est vrai que la
sensation en bouche de ces tuyaux me rappelle celle des Dunhill. Bref,
côté extérieur, tout baigne.
Temps d’examiner l’intérieur. A mon grand étonnement pas de filtres en
métal et des flocs qui manifestement n’ont pas été prévus pour contenir
des filtres. Il s’agit clairement de pipes destinées à l’exportation.
Côté perçage, pas de surprises : la plus courbe est percée à du 3,5mm
classique, les deux autres sont typiques pour Morel : un perçage de 6mm
dans le fond de la mortaise et qui se rétrécit en direction du foyer.
Les flocs, eux, présentent une extrémité plus fine sortant du corps du
floc qui, lui, est d’un diamètre normal. Cette extrémité entre donc dans
le fond de la mortaise. D’après ce que j’ai pu comprendre, il s’agit là
d’un floc spécialement conçu pour le marché américain et qu’on a baptisé
"isolant modifié". Ce système, je le trouve un peu bizarre et je ne
vois pas très bien l’avantage qu’il pourrait présenter. Un floc qui
touche le fond de la mortaise, c’est logique, mais je me demande à quoi
sert cette extrémité plus fine. Qu’à cela ne tienne, je n’ai pas de
parti pris. On verra bien ce que ça donnera au fumage. Deux des trois
pipes présentent un foyer dans lequel le perçage aboutit exactement
comme il faut : en plein milieu et au fond. La troisième n’est pas
parfaite : le perçage est un tantinet trop haut, mais rien de vraiment
gênant. Je remonte les tuyaux et fais le test de la chenillette : la
plus courbe ne passe pas le test, les deux autres sans problème. Rien de
surprenant.
Examinons les tuyaux. Un des trois est un peu trop épais à mon goût.
Ceci dit, je ne peux pas dire qu’il soit vraiment inconfortable. Pour
les deux autres, il n’y a qu’un mot qui convient : excellent. C’est fin,
c’est agréable. Pareil pour les boutons : comme il faut, c’est-à-dire
efficaces et cependant discrets. Les ouvertures dans le bec sont de
simples rectangles assez étroits. Aujourd’hui, les bons artisans
taillent des ouvertures plus arrondies et plus ouvertes, mais à l’époque
où ces pipes ont été faites, c’était le système usuel. Les trois Morel
que je possédais déjà ont des becs qui ne se distinguent pas exactement
par leur finesse. Les tuyaux de ces trois Chacom sont donc de qualité
nettement supérieure à ce que j’avais attendu. A vrai dire, ce sont les
meilleurs tuyaux français que j’aie jamais eus.
|